13/08/2018

Aux Jeux de Berlin, une Europe ouverte et joyeuse

Une Europe "blanche et chrétienne" ! C'est le credo que nous serinent à longueur de journée les souverainistes, apôtres de la démocratie "illibérale", tels l'Italien Salvini, le Hongrois Orban, le Polonais Kaczynski ou, chez nous, les blochériens pur sucre. Se sont-ils voilés la face au spectacle des championnats d'Europe d'athlétisme qui viennent de s'achever à Berlin ?

Qu'ils fussent Français, Britanniques, Allemands, Italiens, Néerlandais ou Scandinaves, les athlètes originaires d'Afrique ou des Caraïbes étaient en nombre à concourir et à célébrer leurs médailles par un tour d'honneur, drapés dans les couleurs de leur nation de passeport… et de cœur.

La Suisse n'échappe pas à ce phénomène multiculturel. La Bernoise Mujinga Kambudji et la Vaudoise Sarah Atcho sont nées respectivement de pères congolais et ivoirien. Bien que venu au monde à la Jamaïque, Alex Wilson répond aux interviews en baslerdütch, le dialecte de sa petite enfance. Et le Genevois Tadesse Abraham, réfugié érythréen naturalisé au terme d'un parcours d'obstacles, n'a de cesse de dédier ses victoires à la Suisse pour la remercier de son accueil.

Curieusement ce phénomène, très fort dans les épreuves de course et de saut, est moins présent dans les lancers. Est-ce un hasard que les meilleurs dans ces disciplines, Polonais, Hongrois, Tchèques, viennent des ces pays de l'Est plus allergiques aux mélanges multiculturels et professant un nationalisme à fleur de peau ?

Mais, dans l'ensemble, les Jeux de Berlin ont donné l'image d'une Europe ouverte, diverse, tolérante, en un mot joyeuse.

 

 

 

11:15 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

18/07/2018

Poutine "officier traitant" de Trump ?

Dans le monde opaque des services secrets, un officier traitant est chargé de recruter et de gérer un ou plusieurs espions dans un pays étranger. Le récent Sommet d'Helsinki était-il l'occasion pour Donald Trump de rencontrer son officier traitant avec qui il a passé deux heures en tête-à-tête ? La question n'est plus taboue pour le milieu politique américain.

Jusqu'ici, ce scénario tenait du roman de science-fiction. En 1959, The Mandchourian Candidate, un livre - repris en 2004 par Hollywood - racontait l'histoire d'un candidat présidentiel manipulé par une puissance étrangère grâce à un implant introduit à son insu dans son cerveau.

La réalité rejoindrait-elle la fiction ? Lundi dernier, lors de la conférence de presse clôturant le Sommet d'Helsinki, on a assisté à une scène surréaliste quand un journaliste américain a demandé à Vladimir Poutine s'il détenait un dossier compromettant sur son propre président, présent à ses côtés. Le Russe s'en est tiré par une pirouette: il ignorait tout des séjours de Trump à Moscou avant son accession à la Maison Blanche, un businessman occidental parmi tant d'autres.

Poutine, qui a évoqué au passage son passé d'espion, n'ignore pourtant rien de l'art du Kompromat qui a fait la force des services russes bien avant l'Union soviétique et l'actuelle Russie. Il s'agit d'accumuler des informations sur des visiteurs étrangers intéressants pour éventuellement s'en servir au cas où… Or, les relations d'affaires de la société Trump avec la Russie ne sont nullement un secret. Pour l'ex-KGB, ne pas s'y intéresser aurait été une faute professionelle.

Ainsi, le Financial Times a consacré deux pleines pages à tenter de démêler l'écheveau très embrouillé des connections de Trump avec des oligarques et des banques russes, qui lui avaient accordé de généreux crédits à un moment où ses investissements immobiliers battaient de l'aile, en l'occurrence un vaste projet de tour à Toronto. L'un de ces établissements, la Vnesheconombank, appartient à l'Etat russe et son président, en 2010, n'était autre qu'un certain Vladimir Poutine.

Bien sûr, en l'absence de preuves formelles, cela signifie pas qu'il y ait là matière à chantage ou indice de collusion avec la campagne électorale de Trump. Pour le savoir, il faudra attendre la conclusion de l'enquête du procureur spécial Robert Muller, un homme d'une grande discrétion, d'autant plus redoutable.

Mais d'autres ont déjà sauté le pas. Ainsi, l'ancien chef de la CIA, John Brennan, commentant l'ingérence de la  Russie dans la campagne présidentielle de 2016, a qualifié de "haute trahison" la préférence donnée par Trump aux dénégations de Poutine sur les conclusions accablantes des ses propres services.

A tout le moins, la présente campagne, en vue des midterms de cet automne, ne manquera pas de piquant !

 

 

12:27 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | |

17/07/2018

Brexit: tout ça pour ça !

L'œuf de Colomb ? La pierre philosophale ? Non, le Brexit: une idée simple… simpliste ! Ayant brisé ses chaînes européennes, fier de son glorieux passé impérial, le Royaume-Uni opte pour le grand large, symbole de son indépendance retrouvée. Aujourd'hui, deux ans et un mois après le vote fatidique du 23 juin 2016, "le rêve du Brexit est moribond", comme le déplore l'un de ses champions, l'ineffable Boris Johnson, dans un rare moment de lucidité.

Dans l'intervalle, les négociations ont été intenses, mais presque exclusivement entre Anglais (l'Ecosse et l'Ulster, partisans du maintien dans l'Union européenne, étant hors-jeu). Brexit dur, Brexit doux, entre les deux,  on a tout ressassé. Pendant ce temps, Bruxelles attendait… elle attend toujours.

Il est vrai que la Grande-Bretagne, fidèle à une ligne qui fit la force de sa diplomatie, - Divide and Rule - comptait beaucoup sur les dissensions de ses partenaires de l'UE pour imposer son point de vue. Mais, cette fois, le front des 27 tient bon. La cacophonie entourant le débat sur le Brexit a de quoi faire réfléchir les pays tentés de suivre l'exemple britannique. Même les Italiens, dont on sait le profond désamour envers l'Europe, soutiennent toujours majoritairement l'appartenance de leur pays à l'UE et à la zone euro.

Du coup, Theresa May, qui avait juré que son pays ne mettrait plus les pieds dans le marché unique européen - Brexit means  Brexit - a fini par proposer une zone de libre-échange avec l'UE qui y ressemble furieusement. Avec, il est vrai, certaines restrictions imposées par les europhobes de son parti qui fait dire que, décidément, la Grande-Bretagne veut toujours le beurre et l'argent du beurre.

Un reproche qu'on lui adressait  déjà  lorsqu'elle était membre à part entière de l'UE. Forte de son statut de troisième puissance économique d'Europe et de premier centre de la finance mondiale, elle y jouissait d'une position privilégiée, se tenant à l'écart, en toute indépendance, de l'espace Schengen et de la zone euro. A l'évidence le meilleur accord post-Brexit du monde ne sera pas plus avantageux.

Au bout du compte, les Britanniques n'auraient-ils pas intérêt à rester dans l'UE ? Pour cela il faudrait un second référendum que leur premier ministre refuse pour le moment catégoriquement, au nom de la sacro-sainte volonté populaire.

Mais celle-ci peut évoluer: l'Irlande voisine ne vient-elle pas de légaliser le droit à l'avortement, annulant un vote contraire quelques décennies en arrière ? Prenons le cas de la Suisse, championne du monde toutes catégories du référendum. Si, comme l'exige l'UDC, une décision populaire était d'airain, interdisant à un "non" d'évoluer démocratiquement vers un "oui" au gré des circonstances de la vie et de la société, les femmes de notre pays n'auraient jamais obtenu le droit de vote, ni l'assurance-maternité, et la Suisse ne serait pas entrée à l'ONU.

Un nouveau référendum n'a donc rien d'anti-démocratique. S'agissant de la Grande-Bretagne, il devrait cette fois proposer un choix clair: soit elle retrouve sa place légitime au sein du concert européen ; soit elle accepte d'affronter seule la haute mer avec le risque, puisqu'il faut bien trouver un port d'attache, de devenir le 51e Etat de l'Amérique de Trump.

13:39 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |