10/07/2018

Plaidoyer pour les doubles-nationaux

Bien sûr, le spectacle de Rakitic, né à  Möllin (Argovie), formé au FC Bâle, élément moteur des sélections suisses d'espoirs,  mais marquant des buts décisifs pour la Croatie, a de quoi donner des boutons aux dirigeants de l'Association Suisse de football (ASF). Et il serait étonnant que la Fédération croate  ait versé la moindre indemnité pour ces années de formation à l'œil.

Mais la déclaration de son  secrétaire général, incitant les joueurs doubles-nationaux à brûler leur passeport étranger pour mériter d'accéder au Graal de la Nati, est pour le moins maladroite, voire offensante. Elle fait écho à des propos autrement plus haineux et racistes, tel l'éditorial de Roger Köppel, le patron de la Weltwoche : notre équipe nationale ne serait qu'une bande "de mercenaires balkaniques flanqués de quelques Africains ensuissés". Quelle élégance dans ce néologisme !

Etrangement, il n'y a que le sport, particulièrement le football, pour susciter des telles polémiques, à la différence la culture ou l'économie. Il est vrai qu'il est un parfait exutoire pour le nationalisme et le chauvinisme. 

Genève compte ainsi 70.000 Franco-Suisses qui, parfois par coïncidence, votent dans les deux pays le même dimanche. Parmi eux, des directeurs de musée, des chefs de clinique, des comédiens, des artistes dont, à part quelques grincheux, personne de se soucie de leur double passeport. Et personne n'a rien à redire - y compris la Weltwoche - à ce que la deuxième banque du pays soit dirigée par un Africain même pas "ensuissé" !

N'en déplaise aux nostalgiques d'une Suisse bucolisée à la Anker, notre pays, fort de son quart de population étrangère, est de plus en plus métissé. Dans les grandes villes, les mariages binationaux tendent à devenir la règle. Tant mieux, car rien de tel que ce genre d'union pour ouvrir l'esprit et élargir l'horizon.

Et quel privilège d'habiter Genève, une cité qui vit plutôt en bonne intelligence avec ses 40% d'expatriés. J'avoue que j'ai aime assez ce parfum de Bangkok, Bamako ou Bogota dans nos transports publics, où ces passagers venus d'ailleurs sont toujours les premiers à céder leur place aux têtes grisonnantes.

 

11:08 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | | |

Commentaires

L'année dernière, au cours de la campagne précédant sa nomination au Conseil fédéral, M. Ignazio Cassis a fait le choix de renoncer à sa nationalité italienne. Qu'avez-vous pensé de ce choix?

Écrit par : Mario Jelmini | 10/07/2018

Comme vous le suggérez, M. Cassis a fait ce choix pour améliorer ses chances d'être élu au Conseil fédéral. Personnellement, s'il avait conservé son passeport italien, je n'aurais pas douté de sa loyauté envers la Suisse. Ni d'ailleurs de celle des membres binationaux ou d'origine étrangère des exécutifs genevois et vaudois.

Écrit par : andré naef | 11/07/2018

Bon, on voit que vous êtes un vrai journaliste : vous ne publiez pas les avis contraires. Encore un blog sans intérêt sur la plateforme TdG...

Écrit par : Géo | 12/07/2018

Sauf rare exception, je ne réponds pas aux commentaires anonymes

Écrit par : andré naef | 12/07/2018

CLairement, on ne choisit pas sa nationalité; on peut être d'une mère d'un pays et père d'un autre. Mais l'équipe nationale doit avoir des joueurs dont les gens peuvent s'identifier au pays contrairement aux équipes de clubs qui ne veulent rien dire(on pourrait forcer à avoir 25% joueurs du crû sur le terrain). Il est donc normal, de devoir choisir comme maintenant AVANT le premier match sous un maillot (ensuite on ne plus changer).Ce qu'on fait Shaqiri etc. Par contre quand on voit Xhaka se démener contre la Serbie et pas contre les autres équipes on peut se demander où est vraiment son coeur.
Pour le reste, le mélange en Suisse est suffisant et on a atteint le point maximum. Non ce n'est pas très plaisant de plus entendre d'accent, d'avoir dans les TPG parfois personne qui parle français. Ca apporte peut-être de la richesse comme vous dites mais jusqu'à un point. Ensuite, perte d'identité et une masse insipide comme si vous mettez trop de légumes dans une soupe, aucun ne va vraiment ressortir....
Le nombre de personnes sur le bassin lémanique est suffisant (il n'est pas normal que les gens établis doivent moins bien vivre pour faire venir d'autres personnes, sans parler des coûts que la classe moyenne doit payer pour des gens qu'on entretient souvent) et il est maintenant nécessaire et urgent quand on voit le trafic, les transports et autres infrastructures bondées, d'arrêter le toujours plus et d'être à nouveau maître et prioritaire chez SOI.

Écrit par : David Girard | 12/07/2018

Je voudrais me faire ici l'avocat non seulement des double-nationaux mais aussi de celui des triple-nationaux. Surtout s'ils pratiquent un sport en compétition.
Je m'explique.
J'ai un petit-fils, prénommé Alois, qui possède en toute légalité trois passeports de trois nationalités différentes, tous établis à des noms différents.
Ce n'est pas une blague, c'est la stricte vérité.
Voici l'histoire.
Je suis de nationalité suisse et mon épouse est de nationalité suédoise. Le fils que nous avons eu possède ainsi deux nationalités: la suisse te la suédoise.
Notre fils, à son tour, a eu un fils, que ses parents ont appelé Alois. À noter trois choses:
1) la maman d'Alois est de nationalité belge;
2) mon fils et sa compagne ont décidé de ne jamais se marier, un choix que font de plus en plus de jeunes aujourd'hui;
3) mon fils a reconnu l'enfant.
Alois possède ainsi trois nationalités: la suisse et la suédoise héritées de son père, et la belge héritée de sa mère. Et il possède effectivement un passeport pour chacune de ses nationalités.
• Sur son passeport suisse il porte le nom de famille de sa mère belge, en application du droit suisse;
• Sur son passeport belge il porte le nom de sa famille de son père suisse et suédois, en application du droit belge;
• Sur son passeport suédois il porte un double nom de famille: celui de son père suivi de celui de sa mère, les deux reliés par un trait d'union, comme le prévoit le droit suédois.
Alois, qui est aujourd'hui âgé de 9 ans, est un garçon adorable qui pratique beaucoup de sports, en particulier le ski et l'athlétisme. S'il devait un jour participer à des Jeux Olympiques, il aurait le choix de le faire sous trois noms différents et de représenter trois pays différents. Pourquoi ne porterait-il pas, par exemple,
- les couleurs de la Suisse lors des premiers Jeux d'hiver auxquels il prendra part, ce qui fera plaisir à son papa et au papy que je suis,
- les couleurs de la Suède lors des seconds Jeux d'hiver auxquels il prendra part, ce qui fera plaisir à son papa et à sa grand-maman, et
- les couleurs de la Belgique aux Jeux d'été, ce qui ferait plaisir à sa maman...

Bon vent, petit Alois! Profite des avantages que t'offre la vie, même si le monde dans lequel tu as été appelé à vivre peut paraître un peu compliqué...

Écrit par : Mario Jelmini | 12/07/2018

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