18/07/2018

Poutine "officier traitant" de Trump ?

Dans le monde opaque des services secrets, un officier traitant est chargé de recruter et de gérer un ou plusieurs espions dans un pays étranger. Le récent Sommet d'Helsinki était-il l'occasion pour Donald Trump de rencontrer son officier traitant avec qui il a passé deux heures en tête-à-tête ? La question n'est plus taboue pour le milieu politique américain.

Jusqu'ici, ce scénario tenait du roman de science-fiction. En 1959, The Mandchourian Candidate, un livre - repris en 2004 par Hollywood - racontait l'histoire d'un candidat présidentiel manipulé par une puissance étrangère grâce à un implant introduit à son insu dans son cerveau.

La réalité rejoindrait-elle la fiction ? Lundi dernier, lors de la conférence de presse clôturant le Sommet d'Helsinki, on a assisté à une scène surréaliste quand un journaliste américain a demandé à Vladimir Poutine s'il détenait un dossier compromettant sur son propre président, présent à ses côtés. Le Russe s'en est tiré par une pirouette: il ignorait tout des séjours de Trump à Moscou avant son accession à la Maison Blanche, un businessman occidental parmi tant d'autres.

Poutine, qui a évoqué au passage son passé d'espion, n'ignore pourtant rien de l'art du Kompromat qui a fait la force des services russes bien avant l'Union soviétique et l'actuelle Russie. Il s'agit d'accumuler des informations sur des visiteurs étrangers intéressants pour éventuellement s'en servir au cas où… Or, les relations d'affaires de la société Trump avec la Russie ne sont nullement un secret. Pour l'ex-KGB, ne pas s'y intéresser aurait été une faute professionelle.

Ainsi, le Financial Times a consacré deux pleines pages à tenter de démêler l'écheveau très embrouillé des connections de Trump avec des oligarques et des banques russes, qui lui avaient accordé de généreux crédits à un moment où ses investissements immobiliers battaient de l'aile, en l'occurrence un vaste projet de tour à Toronto. L'un de ces établissements, la Vnesheconombank, appartient à l'Etat russe et son président, en 2010, n'était autre qu'un certain Vladimir Poutine.

Bien sûr, en l'absence de preuves formelles, cela signifie pas qu'il y ait là matière à chantage ou indice de collusion avec la campagne électorale de Trump. Pour le savoir, il faudra attendre la conclusion de l'enquête du procureur spécial Robert Muller, un homme d'une grande discrétion, d'autant plus redoutable.

Mais d'autres ont déjà sauté le pas. Ainsi, l'ancien chef de la CIA, John Brennan, commentant l'ingérence de la  Russie dans la campagne présidentielle de 2016, a qualifié de "haute trahison" la préférence donnée par Trump aux dénégations de Poutine sur les conclusions accablantes des ses propres services.

A tout le moins, la présente campagne, en vue des midterms de cet automne, ne manquera pas de piquant !

 

 

12:27 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Ce que rappelle des républicains est que les US sont bâtis sur des valeurs, des valeurs communes avec l'Europe.
Or Trump, ne sert plus ces valeurs, il préfère collaborer avec des démocrature et des dictatures.

Comme a dit un politicien américain après la semaine de Trump, l'Amérique n'est plus le leader du monde libre. La majorité des américains tiennent pourtant à cette rhétorique.
Vu son narcissisme, ce retournement qui le place dans une position ridicule, est révélatrice de la pression qu'il a subit, et de la panique autour de lui.
Les US ont encore besoin de cette rhétorique. Pas certain que les républicains vont le laisser encore longtemps bafouer cette fierté.

Il faut donc s'attendre à une surprise à la Trump pour remonter cette double humiliations. Il doit faire quelque chose ou alors, on peut penser que l'Intelligence américaine a de quoi le contrôler.

Écrit par : motus | 18/07/2018

Ce qui serait pour le coup incroyable, c`est que des pays disposant de puissants services secrets et traditionnellement consommateurs de méthodes liées a ces services (notamment Russie, USA, Israel et Chine) s`abstiennent de récolter des informations leur permettant d`avoir prise sur des politiciens en exercice ou potentiels de pays d`importance stratégique pour eux. L`internet grouille de théories conspirationnelles et beaucoup de ces théories sont manifestement sans fondement mais il ne faut pas jeter le bébé avec l`eau du bain.

Écrit par : Jean Jarogh | 18/07/2018

Il y a bien d'autres businessmen qui sont allés en Russie et ont obtenu toutes les faveurs du gouvernement Poutine et du système bancaire Russe pour investir en Russie et ailleurs.
Trump ne fait pas exception et en a sûrement profité.

De là à dire que Poutine a influencé l'élection US 2016, il y a un fossé. Mais cette affaire arrange bien les démocrates, qui peuvent ainsi distraire l'attention de l'opinion publique américaine de leur propres histoires. Plus un mot sur les emails "perdus" d'Hilary et leur contenu scandaleux...et l'éviction organisée de Bernie Sanders...

Bref, rien de nouveau sous le soleil, on parle des USA, les rois de la manipulation.

Moi je trouve ça amusant, et Poutine doit bien rire aussi. :-)

Écrit par : jacphil | 19/07/2018

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