22/08/2018

Trump: le commencement de la fin ?

Serait-ce le smoking gun ? La découverte, encore tout fumante, de l'arme du crime ? Lors du scandale du Watergate, cela avait été la révélation des enregistrements secrets du bureau ovale qui avait précipité la chute de Richard Nixon. Dans le cas de Donald Trump, les condamnation pénales de Paul Manafort, son ancien directeur de campagne, et de Michael Cohen, son ex-avocat de 30 ans, sont autant de bombes à fragmentation qui éclatent jusqu'au cœur de la Maison Blanche.

Certes, les cas de fraude bancaire et fiscale qui pourraient valoir 80 ans de prison à Manafort sont antérieurs à son engagement dans la campagne présidentielle de Trump et ils ne relèvent pas directement d'une éventuelle collusion avec la Russie. Mais ce premier verdict de culpabilité, arraché de haute lutte par le procureur spécial Robert Muller, devrait légitimer définitivement son enquête après des mois de dénigrement par les avocats du président pour accréditer l'idée d'une "chasse aux sorcières" menée par des démocrates aigris par leur défaite électorale. Une entreprise non dénuée du succès, le pourcentage des Américains qui partagent cette opinion ayant passé de 25 à 35%.

Or, voilà qu'un jury populaire, constitué de douze citoyens lambda, rend, en son âme et conscience, après quatre jours de délibérations, un verdict tout en nuance en ne retenant que huit des dix-huit chefs d'accusation. Difficile à cet égard pour la Maison Blanche de hurler à la chasse aux sorcières.

Quant à l'éventuelle connexion  russe qui, si elle n'était pas le sujet principal du procès d'Alexandria, n'en figurait pas moins en filigrane. Les débats n'ont pas manqué de mettre en lumière les liens sulfureux mais riches de juteuses prébendes de l'ancien collaborateur de Trump avec l'ex-président ukrainien Yanukovich, un protégé de Vladimir Poutine. Et cela à une époque  où l'actuel locataire de la Maison Blanche était très attiré par le marché russe.

L'autre bombe, qui pourrait faire encore plus de dégâts, a éclaté dans un tribunal de Manhattan où Cohen, l'avocat déchu de l'entreprise  Trump, a plaidé coupable de plusieurs cas de fraude fiscale et bancaire, mais surtout d'une violation de la règlementation du financement des campagnes électorales, en l'occurrence  le versement d'une somme rondelette pour acheter le silence d'un call-girl qui aurait eu les faveurs de son patron. Et cela sur instruction  "d'un candidat à une haute fonction fédérale" (Mais de qui s'agit-il ?)

Bref, cela sent le roussi pour Donald Trump désormais directement mis en pause. Certes, il échappe en principe à la justice ordinaire dans l'exercice des ses prérogatives présidentielles. D'ailleurs, le procureur Muller a écarté cette hypothèse, estimant que le verdict couronnant son enquête ne saurait être que politique, soit une procédure d'impeachment par le Congrès. Cette problématique sera plus que jamais au centre de la campagne des élections du midterm, que les démocrates aborderont avec un surcroit de munitions.

Reste la question fondamentale: si, comme l'a si éloquemment affirmé le procureur newyorkais du procès Cohen, les Etats-Unis constituent toujours un Etat de droit où personne n'est au dessus des lois, Donald Trump est indigne d'exercer sa plus haute  fonction. 

17:32 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Facebook | | | |