31/08/2018

Un petit coin de paradis: l'île de Ré

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Voici revenu le temps de notre pèlerinage annuel à l'île de Ré, découverte il y a 22 ans. Une fois parcourus les 3 km. du pont la reliant au port de la Rochelle, nous retrouvons cette lumière dorée si particulière qui baigne ses villages paisibles aux maisons uniformément blanches et aux volets verts, en vertu d'un règlement de permis de construire draconien.

Il y a Ars-en-Ré, le plus typique avec ses ruelles tortueuses et son clocher noir et blanc, point de repère indispensable pour les navigateurs de toutes nationalités qui gagnent son Fier à la faveur de la marée haute. Les Portes, dans le nord de l'île, prennent l'allure, l'été venu, avec l'afflux des Parisiens, d'un 16e aux champs ou d'un Neuilly-sur-Atlantique. Saint-Martin, son chef-lieu, ceint de remparts conçus par Vauban, fut jusqu'aux années 30 le port d'embarquement souvent sans retour des bagnards à destination de Cayenne. Et beaucoup d'autres encore: Sainte-Marie, La Flotte, La Couarde-sur-Mer, Saint-Clément-des-Baleines, Bois-Plage...

A l'origine, il y avait quatre ilots qui, l'ensablement aidant, finirent par former le territoire actuel d'un seul tenant, long de 30 km. et large de 500 mètres à son point le plus étroit. 15.000 habitants en temps ordinaire, une population multipliée par dix au plus fort de l'été. Cet engouement touristique, pas toujours bien vu,  est dû  notamment à  un réseau de pistes cyclables de 60 km. transformées en Champs-Elysées pour deux roues avec les risques de collision en plus (Déjà trois morts, tous jeunes, depuis le début de l'année).

Jusqu'en 1988, seul un ferry reliait Ré au continent et, à une époque où les autoroutes étaient encore rares mais les week-ends déjà entrés dans les moeurs, les Parisiens devaient cavaler pour attraper le dernier bac du vendredi soir. Aujourd'hui, un pont majestueux de 2926 mètres apaise  les angoisses des automobilistes au prix de 16 euros (20 fr. suisses) pour les non-résidents. Il y a quelques années, le coût de l'ouvrage largement amorti, les autorités avaient songé à abolir ce péage et à introduire la gratuité à l'exemple - fâcheux - d'Oléron et de Noirmoutier. Ce fut une levée de boucliers. En quelques semaines, une pétition recueillit des milliers de signatures, les non- résidents - nous en étions - n'étant pas les derniers à y apposer leur paraphe. Et le péage survécut...

L'attrait de ce petit coin de paradis est d'abord dû à son micro-climat, en raison de la présence de marais salants: plus de 300 jours de soleil par an, peu de pluies… mais quelques tempêtes mémorables comme Lothar, en 1999, ou Xinthia,  en 2010.

Un autre atout est la grande variété de ses paysages. D'abord des forêts denses et des vignes qui donnent un vin, disons-le, moyen (le rosé de Dunes). Puis viennent les marais salants où des écolos plus ou moins jeunes relancent le métier ancestral de saunier. Ensuite, la Réserve naturelle de Lilleau des Niges (voir la photo), étape essentielle des grandes migrations ailées nord-sud. Sur le chemin, ou au retour de l'Afrique, hérons cendrés, aigrettes, oies sauvages, tadorns, huitriers et autres avocettes viennent s'y ressourcer pour le plus grand bonheur des ornithologues. Enfin, les plages de l'Atlantique, vastes étendues de sable que nul vendeur ambulant ou maître de bain ne viennent perturber. Elles ont des noms évocateurs: Trousse-Chemise, la Patache, le Banc du Bûcheron, l'Anse du Fourneau, la Conche, proclamée "la plus belle plage de France".

Il n'y a pas si longtemps, on y décelait d'étranges constructions: des bunkers gris-vert abandonnés par la Wehrmacht. Aujourd'hui, il n'en subsiste qu'un seul, repeint en blanc pour servir de résidence secondaire. (On ignore la couleur politique du propriétaire !)

En 1961, ces vestiges de la Seconde Guerre mondiale y avaient incité Darryl Zanuck à tourner Le Jour le plus long, son film sur le Débarquement en Normandie. Plusieurs semaines durant, les autochtones avaient vécu en toute décontraction au contact des plus grandes  stars de Hollywood et d'ailleurs: John Wayne, Henri Fonda, Richard Burton, Curd Jürgens, Sean Connery, Bourvil, Arletty ...

De nos jours, les people ne manquent pas non plus sur Ré: des politiciens à la retraite comme Lionel Jospin ou Jacques Toubon, des acteurs tels Fabrice Luchini, Nicole Garcia ou Vanessa Paradis, l'écrivain Philippe Sollers. Mais, contrairement à Saint-Tropez, ils ne sont pas là pour être vus. Au resto, à la plage ou à l'apéro, il se fondent dans la foule anonyme des touristes lambda.

Mais il est temps de retrouver la terre ferme et d'affronter la rentrée. Avec un brin de nostalgie, on repasse le pont dans l'autre sens, en emportant en souvenir quelques graines de roses trémières et en se promettant: "L'an prochain à l'île de Ré" !

 

 

20:40 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |