• Tennis: quatre ténors? Non, seulement trois

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    L'Open d'Australie, conclu sur le triomphe absolu de Novak Djokovic, aurait pu ouvrir une nouvelle ère dans l'histoire du tennis avec l'élimination prématurée de Roger Federer par un jeune Grec, auquel il rendait 17 printemps, et la retraite tout aussi prématurée d'Andy Murray, considéré (abusivement) comme l'un des "Quatre Grands". Mais Federer défaillant, Raphael Nadal et Djokovic se sont chargés de renvoyer la génération montante à ses chères études. Depuis la victoire de Stan Wavrinka à New York, en 2016, ce trio d'or a fait main basse sur tous les tournois de grand chelem.

    Un trio et non un quatuor. Ce n'est pas faire injure à son indéniable talent et à la richesse de son palmarès que de constater que Murray n'est pas à la même hauteur que ses trois rivaux. Sur les 63 grands chelems disputés depuis le premier triomphe de Federer (Wimbledon, 2003), ceux-ci en ont remporté 52, soit 20 pour notre "Rodger" national, 17 Pour Nadal et 15 pour Djokovic. Ces trois superchampions sont aussi les seuls, au cours de ce siècle, à avoir gagné au moins une fois les quatre tournois majeurs.

    Avec trois grands chelems à son actif, Murray est loin derrière, à égalité avec Wavrinka. Mais le Vaudois s'est imposé sur trois surfaces différentes (Melbourne, Roland-Garros et New York) contre seulement deux à l'ombrageux Ecossais (New York et Wimbledon). Par contre, celui-ci a empoché deux titres olympiques (Londres et Rio) alors que Stan à dû "se contenter" de l'or conquis en doubles à Pékin avec Federer. Les deux champions ont aussi remporté chacun une finale de Coupe Davis dont ils furent l'élément moteur.

    Les cinq plus grands joueurs de ce début de siècle n'ont laissé que des miettes à leurs concurrents, soit un grand chelem pour l'Argentin Gaudio (Roland-Garros), son compatriote Del Potro, l'Américain Roddick, le Croate Cilic (tous trois à New York) et le Russe Safin (Melbourne, plus New York en 2000, avant l'ère Federer).

    La prochaine décennie devrait être plus équilibrée. Mais sera-t-elle aussi passionnante et d'un même niveau stratosphérique après que ces joueurs d'exception auront remisé leur raquette ? Il est permis d'en douter. 

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  • Trump: l'ombre et les risques d'une destitution

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    Donald Trump doit-il être destitué ? Avec le retour en force des démocrates à la Chambre des représentants et les derniers développements de l'enquête sur une éventuelle collusion du président avec la Russie, la question n'est plus totalement hypothétique. Encore faut-il le pouvoir.

    Rappelons donc la procédure prévue par la Constitution américaine de 1776. L'impeachment, ou mise en accusation, est votée par la Chambre à la majorité simple de ses 435 membres. Le Sénat se réunit alors en jury d'assises sous la direction du Chief Justice, le président de la Cour suprême. Pour destituer le locataire de la Maison Blanche, il doit approuver au moins un chef d'accusation à la majorité des deux tiers, soit 67 sénateurs sur 100.

    En 242 années d'existence, la république américaine n'a connu que deux procédures d'impeachment contre un président en exercice. En 1868, Andrew Johnson fut sauvé à une voix près. En 1999, Bill Clinton fut acquitté à une confortable majorité. A ces deux exemples, il faut ajouter le cas de Richard Nixon, en 1974, qui, pour échapper à une destitution inéluctable, avait démissionné contre la promesse d'une grâce par son successeur, Gerald Ford.

    Ces précédents ne parlent pas en faveur des contempteurs les plus acharnés de l'actuel président. Certes, à la Chambre, les démocrates ont largement la majorité nécessaire pour voter son impeachment, au point que certains députés ont déjà rédigé des chefs d'accusation. Mais au Sénat, il leur faudrait rallier au minimum vingt républicains, ce qui, à moins de révélations particulièrement accablantes du procureur Robert Mueller, paraît très aléatoire.

    A l'exemple de Clinton qui avait vu sa cote de popularité prendre l'ascenseur après son acquittement, Trump, ayant à son tour échappé au limogeage, pourrait se présenter en victime face à l'opinion publique, en vue de sa réélection en 2020. Dans le cas contraire, les démocrates ne perdraient-ils pas au change ? Trump évincé, c'est le vice-président Mike Pence qui entrerait à la Maison Blanche avec la possibilité d'y rester... dix ans, soit un politicien plus conventionnel, mieux au fait des us et coutumes du sérail, mais aux opinions tout aussi aux antipodes des démocrates les plus modérés. Bref un concurrent redoutable lors d'un éventuel scrutin présidentiel. 

    Plutôt que de suivre la voie très étroite de l'impeachment, les démocrates n'auraient-ils pas intérêt à opter pour celle plus prometteuse du bulletin de vote ? Il faut rappeler qu'en 2016, Trump avait recueilli, au plan national, trois millions de voix de moins qu'Hillary Clinton et n'avait dû sa victoire au niveau des grands électeurs  qu'à quelques milliers de suffrages glanés dans des Etats-clés (Swing-states). Or, lors des récentes élections de mi-mandat, les démocrates ont non seulement devancé de 9% de voix les républicains, mais ils ont aussi repris le contrôle de plusieurs de ces Swing-states comme le Wisconsin, le Michigan ou la Pennsylvanie. Cela les place donc en position avantageuse pour 2020.

    Et on reparle aussi d'une candidature d'un républicain modéré - il en reste ! - en vue de la campagne des primaires. Le nom le plus souvent prononcé est celui du gouverneur du Maryland, Larry Hogan, réélu confortablement dans un Etat où les démocrates sont deux fois plus nombreux que les républicains. Coïncidence: en 1974, son père, alors député au Congrès, avait été le premier républicain à demander la destitution du président Nixon !

    Cela dit, comme le déplore une amie américaine, "aurons-nous la force de supporter encore deux années de présidence Trump, acharnée à détruire nos institutions et l'ordre international, au prix de dégâts irréparables ?". Un dilemme que ne tranchera  pas le procureur spécial Mueller. Celui-ci estime ne pouvoir inculper pénalement un président en exercice, laissant aux seuls politiques - ou aux électeurs - la responsabilité de décider de son sort.

     

     

     

     

     

     

     

     

      

     

     

     

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  • Brexit: seuls les imbéciles ne changent pas d'avis

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    La "mère des parlements" est schizophrène. Vingt-quatre heures après avoir infligé à un gouvernement britannique la plus monumentale défaite de l'Histoire, la Chambre des Communes lui renouvelle sa confiance, avec le soutien ambigu d'un petit parti nord-irlandais europhobe qui prétend représenter une population ayant voté à 56% contre le Brexit. 

     A l'exemple de ces émigrés aristocrates du 18e siècle qui n'avaient rien appris, rien oublié, Theresa May persiste et signe: le Brexit et rien que le Brexit, dès le 29 mars. Telle une poupée mécanique, la première ministre  psalmodie des litanies telles que "nous allons regagner le contrôle de notre monnaie et de nos frontières". Comme si le Royaume-Uni, n'ayant adhéré ni à l'Euro, ni à Schengen, et étant de surcroit une île, avait perdu ce contrôle en étant membre de l'Union européenne.

    Tout porte donc à croire que le plan B (ou C ou D ou Z) qu'elle est censée présenter d'ici lundi ressemblera furieusement à celui rejeté massivement le 15 janvier par les Brexiters et les pro-européens pour une fois réunis. A l'exclusion d'un no deal dont la quasi-totalité des députés ne veulent pas, Il ne reste apparemment qu'une option: redemander l'avis du peuple britannique par un nouveau référendum.

    Pour Stephen Barclay, le ministre du Brexit, faisant écho aux élucubrations de sa patronne, "un second référendum serait une trahison". Un tel propos devrait lui valoir le Prix Citron qui couronne des affirmations particulièrement farfelues. Qui y a-t-il de plus démocratique que de redemander son avis au peuple, compte tenu des informations dont il ne disposait pas en 2016 ? D'abord sur les mensonges qui ont marqué la campagne référendaire, comme ces centaines de millions de livres dont aurait bénéficié le National Health Service, libéré de ses chaînes bruxelloises. Puis sur l'interpénétration étroite de l'économie britannique avec ses partenaires continentaux dont l'électeur lambda n'avait souvent pas la moindre idée. Tels ces diabétiques - y compris la première ministre  - dont les fournisseurs d'insuline sont français ou danois. Ou encore les électeurs massivement pro-Brexit d'une localité dont le principal employeur, une usine d'Airbus, menace - c'est le cas de le dire - de mettre les voiles. Il en est jusqu'au papier de toilette qui provient à 85% de l'étranger !

    Prenons le cas de la Suisse, championne du monde toutes catégories en matière de référendum. Si elle avait appliqué la doctrine May pour qui le résultat d'un vote populaire serait inscrit dans le marbre pour l'éternité, les femmes n'auraient jamais obtenu le droit de vote ou l'assurance-maternité et notre pays n'aurait pas adhéré à l'ONU, faute d'une nouvelle chance de corriger un précédent vote négatif en tenant compte de l'évolution de l'opinion.

    Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. C'est vrai pour les individus, mais aussi pour les peuples.

     

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