Les amitiés antisémites de Nétanyahu

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A défaut de l'oublier, "on pouvait pardonner la Shoah". Succédant à des propos racistes et homophobes ainsi qu'à son éloge de la dictature militaire des années 60 à 80, cette déclaration de Jair Bolsonaro, le nouveau président brésilien, semblant passer par pertes et profits les six millions de juifs assassinés par les Nazis, a suscité une levée de boucliers en Israël.

"Le peuple juif combattra toujours l'antisémitisme et la xénophobie", a ainsi réaffirmé le président de l'Etat hébreu, Réouven Rivlin, ajoutant: "Les dirigeants politiques doivent dessiner le futur. Les historiens décrivent le passé (…) Aucun des deux ne devrait s'égarer sur le terrain de l'autre". Le centre Yad Vashem, dédié à la mémoire des victimes de la Shoah, qui avait reçu la visite du président brésilien, a également condamné ses propos.

Or, c'est là le paradoxe. Peu après son élection,  Bolsonaro s'était en effet rendu en Israël où il avait été accueilli avec tous les honneurs, en ami très cher, par le premier ministre Benyamin Nétanyahu. Cela en dépit d'une première polémique lorsqu'il avait approuvé une déclaration de son ministre des Affaires étrangères estimant  que "le nazisme est de gauche".

Mais ce n'est pas là un cas isolé. Ainsi, Nétanyahu entretient les meilleures relations du monde avec son homologue hongrois, Viktor Orban, reçu également en grande pompe à Jérusalem, en juillet dernier, avec lequel il affirme avoir une parfaite identité de vues. Pourtant, l'homme fort de Budapest s'est particulièrement distingué par sa mise au pilori du milliardaire et philanthrope George Soros, présenté comme un "agent de la finance internationale", une expression qui, pour beaucoup de Hongrois, est synonyme de "Juif".

Certes, le premier ministre israélien n'entretient pas d'illusions sur la nature sulfureuse de ces relations défiant la morale. Mais il n'a aucun scrupule à fermer les yeux dans la mesure où, conforté par le soutien actif ou tacite d'un Trump ou d'un Poutine, il peut ainsi faire avancer son projet politique, à savoir  l'annexion progressive des territoires occupés et la marginalisation des Palestiniens. Et si l'Union européenne s'avise de rappeler que l'occupation de la Cisjordanie, condamnée par les résolutions de l'ONU, est illégale au regard du droit international, la voilà aussitôt accusée d'antisémitisme latent.

La realpolitik poussée à ses extrêmes limites par l'homme fort de Jérusalem lui a  apporté bien des dividendes, mais elle n'est pas sans le risque qu'Israël  y perde son âme.

 

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Commentaires

  • Netanyahu est prêt à n'importe quelle alliance pour réaliser son projet à savoir créer un pays ethniquement pur. Il y a des antécédents dans l'histoire de l'Europe. A cette différence près qu'aujourd'hui tout le monde se tait sous prétexte qu'un peuple qui a été victime par le passé d'un atroce génocide ne peut être que bon et innocent. Netanyahu apporte apporte aujourd'hui la confirmation du contraire.

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