Donald Trump ou le père Ubu au pouvoir

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A l'orée du siècle dernier, Ubu Roi, la pièce culte d'Alfred Jarry, avait fait fureur sur les scènes parisiennes. Elle y racontait l'ascension d'un personnage bête et méchant, incarnant "tous les vices les plus primaires avec une cruauté infantile". Devenu roi de Pologne "c'est à dire de nulle part", le père Ubu, manipulé par sa femme, genre Lady Macbeth, prenait plaisir à liquider ses critiques en les précipitant dans le "trou à Phynances".

Cent-vingt ans plus tard, la réalité dépasse la fiction: le père Ubu est au pouvoir, à la Maison Blanche. On en a eu la démonstration avec la dernière conférence de presse surréaliste de Donald Trump consacrée à la situation en Syrie, sous le regard incrédule de son homologue italien, Sergio Matarella. Le président américain se vante de prendre ses décisions frappées "au sceau du génie" en se fiant à son seul instinct, sans aucun conseil extérieur - sinon ceux d'éditorialistes de Fox News - avec les résultats désastreux que l'on sait. Pire: alors qu'il débite ses énormités d'une voix monocorde, voici qu'une pensée traverse son esprit et aussitôt il l'exprime sans craindre de contredire un propos précédent.

Niant l'évidence, il affirme n'avoir donné aucun feu vert au président Erdogan pour son opération contre les Kurdes syriens, pour ensuite lui adresser une lettre fort peu diplomatique le menaçant de "détruire l'économie turque" et l'intimant à ne pas "jouer aux durs", à ne pas "faire l'idiot". Interrogé sur le risque d'un affrontement entre les armées turque et syrienne, il constate: "Il y a beaucoup de sable là bas. Ils peuvent jouer avec beaucoup de sable". (sic)

Quant aux Kurdes, les Etats-Unis n'auraient aucune dette de sang à leur égard, puisqu'ils n'étaient pas à leur côté lors du débarquement en Normandie de 1944 (resic). D'ailleurs "ce ne sont pas des anges", le PKK étant en matière de terrorisme "probablement pire que l'Etat islamique".

Les "Pensées du président Trump" (A quand un petit Livre rouge ?) ne s'arrêtent pas à la frontière tiurco-syrienne si éloignée (7000 miles) de la frontière mexicano-américaine, la seule qui mérite d'être protégée. Pour en éloigner les migrants, Trump n'aurait-il pas proposé, selon le  New York Times, d'y creuser un fossé infesté d'alligators et de serpents ? Et pourquoi pas leur tirer dessus, en visant au minimum les jambes ? A quoi ses conseillers lui auraient répondu que le droit international l'interdisait, sauf en cas de guerre.

Alfred Jarry n'aurait jamais imaginé que son personnage de fiction se réincarnerait, 120 ans plus tard, dans un être de chair: le chef de la première puissance mondiale. A la fin de sa pièce, le roi Ubu, ayant accumulé les ennemis, est chassé du pouvoir. En sera-t-il de même de Trump avant qu'il n'ait commis des dégâts irréparables ?

 

 

 

 

 

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Commentaires

  • Now the press is trying to sell the fact that I wanted a Moat stuffed with alligators and snakes, with an electrified fence and sharp spikes on top, at our Southern Border. I may be tough on Border Security, but not that tough. The press has gone Crazy. Fake News!
    94 k
    17:02 - 2 oct. 2019
    “Le presse essaye de vendre l’idée selon laquelle je voulais un fossé rempli d’alligators et de serpents avec des barrières électriques et des pics pointus à la frontière sud”, a tweeté le président américain. “Je suis peut-être dur sur la sécurité aux frontières, mais pas à ce point. La presse est devenue folle. Fake News!” a-t-il ajouté. Par Claire Tevé Huufpost

    Par ailleurs, Fake News : non, Trump n’a pas dit « Les Kurdes ne nous ont pas aidés en Normandie »
    Publié par Jean-Patrick Grumberg le 10 octobre 2019


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  • @Frenkel comme vous semblez comprendre l'anglais, je vous laisse découvrir la vidéo de Trump dans laquelle il le dit clairement.
    Vous semblez prendre la défense du président américain très au sérieux au point d'interpréter les faits en sa faveur.

    https://www.nytimes.com/2019/10/10/world/middleeast/trump-kurds-normandy.html

  • Le roi Ibu pour certains, The Emporer's New Clothes pour d'autres. Pour moi, Trump me rappelle le Roi Gordogan (Kralj Gordogan), la pièce surréaliste du poète croate Radovan Ivsic. Gordogan commence son règne en terrorisant son royaume avec ses compagnons, le Royal Eyegouger et le Royal Earsnipper. Après avoir éliminé tous ses rivaux, y compris son propre fils et le termine en coupant tous les arbres du royaume.

  • Il y a meme deux Ubus tristement célebres aujourd`hui, l`autre étant Kim Jong Un. Les deux semblent s`apprécier, ce qui n`est pas si surprenant si l`on considere la similarité des deux personnalités.

  • Au-dela de l´aspect ubuesque de cette présidence, il y a le coté psychiatrique. Si je me souviens bien, quantité de psychiatres américains de renom ont signé en commun un diagnostic de personnalité maladivement narcissique dans lequel il est meme question de psychopathie. Malheureusement, cela ne semble pas etre un obstacle a l´élection présidentielle du pays le plus puissant militairement et le plus influent économiquement apres la Chine. Par ailleurs, les psychiatres savent bien qu´une personnalité pathologiquement narcissique avec aussi peu de controle sur ses pulsions ne peut qu´évoluer vers un degré de malfonction mental croissant.

  • Un autre point de vue critique sur Trump:
    https://tomluongo.me/2019/10/07/trump-five-tweets-change-everythin/

  • Avec ses derniers tweets les psychiatres sont a la fete car il semble bien qu´Ubu soit en train de virer completement paranoiaque. Se considérant comme victime de lynchage alors que ce terme est réservé aux USA aux victimes de persécutions racistes (tout comme le terme shoah/holocauste est réservé aux victimes juives du nazisme) revient a avouer qu´il a perdu le contact avec la réalité et vit dans un monde privé dont il est lui-meme le centre. Les USA sont maintenant comme un porte-avions sans gouvernail.

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