Trump et l'Iran: la loi de la jungle

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Bien sûr, le général Soleimani était loin d'être un saint. Il avait du sang plein les mains, en Syrie, en Irak, au Yémen et dans son propre pays. Mais quel que soit son passif, on peut légitiment contester la légalité, au regard du droit international, de l'assassinat d'un haut responsable d'un pays avec lequel on n'est pas officiellement en état de guerre.

Cet assassinat ponctue un enchaînement de représailles et de contre-représailles, marqué notamment par la tentative d'invasion de l'ambassade américaine de Bagdad. Mais il faut remonter plus loin dans le passé, au printemps 2018, pour trouver le véritable point de départ de cette course à l'abîme: la décision unilatérale de Donald Trump d'annuler l'accord nucléaire conclu en 2015 avec Téhéran, à l'instigation de son prédécesseur, Barak Obama, avec le concours de l'Union européenne, la Russie et la Chine.

Négocié au forceps - le plus souvent sur les bords du Léman - cet accord interdisait pendant au moins quinze ans l'accès de la République islamique  à l'énergie atomique à des fins militaires, contre la levée progressive des sanctions économiques dont elle était l'objet depuis ses origines. Elle reposait sur un pari: nation riche d'une longue histoire et d'une population jeune et hautement éduquée, l'Iran voyait s'ouvrir la perspective d'une libéralisation de son régime et de sa réintégration dans la communauté internationale. Un pari risqué mais pas impossible, les Iraniens ayant jusqu'ici scrupuleusement respecté leur part du contrat, tandis que leur économie avait progressé de 12% en 2016.

Mais tant à Washington qu'à Téhéran, cet accord était loin de faire l'unanimité. Côté iranien, les durs du régime - notamment le général Soleimani - rejoignaient dans leur opposition virulente la droite républicaine américaine ainsi que l'Arabie saoudite et Israël, les obligés traditionnels des Etats-Unis dans la région. Le coup d'arrêt brutal de Trump ne pouvait que les conforter dans leur refus en faisant passer les artisans de l'accord pour d'incorrigibles angéliques, sinon des traîtres. Cela d'autant plus que le président américain y avait ajouté des sanctions d'une dureté "sans précédent" en y associant contre leur gré ses partenaires européens, impuissants à résister à l'hégémonie du dollar.

Dès lors, il y a une certaine logique à la liquidation physique du général iranien dans la mesure où la démarche de Trump viserait à la capitulation sans conditions de la République islamique, voire à un changement de régime à Téhéran. Pour cela, tous les moyens sont bons, y compris l'attaque de biens culturels évoquée par le président américain, un crime de guerre selon les Conventions de Genève et de La Haye.

Pour la clique mafieuse qui peuple aujourd'hui la Maison Blanche, la parole donnée par un gouvernement américain n'a guère de valeur et les engagements internationaux auxquels il a souscrits sont autant de "chiffons de papier" (1). Seule prévaut la raison  du plus fort. En d'autres termes: la loi de la jungle.

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(1) L'expression "chiffon de papier" avait été utilisée en 1914 par la chancelier allemant Bethmann-Hollweg pour justifier la violation de la neutralité de la Belgique.

 

 

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Commentaires

  • Le Pentagone rejette toute probabilité de frapper des sites culturels iraniens
    i24NEWS
    07 janvier 2020 à 07:20 - dernière modification 07 janvier 2020 à 09:52

  • Oui, mais le Pentagone n'est pas toujours la voix de Trump qui n'est pour l'instant pas revenu sur sa déclarations concernant les sites culturels.

  • Qu'il ait simplement annoncé de vouloir le faire en dit long sur la barbarie et l'inculture du personnage. Et sa soif de vengeance alors que personne n'avait été tué. Le Vietnam va-t-il maintenant être rayé de la carte pour venger l'humiliation de la défaite US? Car, oui, c'est de ce niveau primaire là.

  • Apres ca, allez donc expliquer aux Iraniens qu`ils n`ont pas besoin de la force de dissuasion nucléaire pour éviter de servir de cible a des Trump en mal de propagande pré-électorale aupres de sa base de rednecks.

  • Ceux qui n'avaient rien d'autre à faire, en cette après-midi du 8 janvier, que de suivre successivement la conférence de presse de Carlos Ghosn et le discours de Donald Trump, auront certainement ressenti la même chose que moi : si l'on adhère sans contrainte aux propos du premier nommé, le deuxième nous inspire rapidement la sensation désagréable d'avoir à lui acheter quelque chose quand il aura fini de parler (assurance ou voiture d'occasion). Sans porter de jugement sur la véracité ou la légitimité des arguments présentés lors de leur intervention, ce sont les techniques apprises dans les meilleures business schools de la planète qui font toute la différence pour la résultat.

  • Lors qu'Obama bombardait des civils )souvent innocents) par milliers dans le nord du Pakistan, personne ne disait mot.

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