Air du temps - Page 2

  • Brexit: seuls les imbéciles ne changent pas d'avis

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    La "mère des parlements" est schizophrène. Vingt-quatre heures après avoir infligé à un gouvernement britannique la plus monumentale défaite de l'Histoire, la Chambre des Communes lui renouvelle sa confiance, avec le soutien ambigu d'un petit parti nord-irlandais europhobe qui prétend représenter une population ayant voté à 56% contre le Brexit. 

     A l'exemple de ces émigrés aristocrates du 18e siècle qui n'avaient rien appris, rien oublié, Theresa May persiste et signe: le Brexit et rien que le Brexit, dès le 29 mars. Telle une poupée mécanique, la première ministre  psalmodie des litanies telles que "nous allons regagner le contrôle de notre monnaie et de nos frontières". Comme si le Royaume-Uni, n'ayant adhéré ni à l'Euro, ni à Schengen, et étant de surcroit une île, avait perdu ce contrôle en étant membre de l'Union européenne.

    Tout porte donc à croire que le plan B (ou C ou D ou Z) qu'elle est censée présenter d'ici lundi ressemblera furieusement à celui rejeté massivement le 15 janvier par les Brexiters et les pro-européens pour une fois réunis. A l'exclusion d'un no deal dont la quasi-totalité des députés ne veulent pas, Il ne reste apparemment qu'une option: redemander l'avis du peuple britannique par un nouveau référendum.

    Pour Stephen Barclay, le ministre du Brexit, faisant écho aux élucubrations de sa patronne, "un second référendum serait une trahison". Un tel propos devrait lui valoir le Prix Citron qui couronne des affirmations particulièrement farfelues. Qui y a-t-il de plus démocratique que de redemander son avis au peuple, compte tenu des informations dont il ne disposait pas en 2016 ? D'abord sur les mensonges qui ont marqué la campagne référendaire, comme ces centaines de millions de livres dont aurait bénéficié le National Health Service, libéré de ses chaînes bruxelloises. Puis sur l'interpénétration étroite de l'économie britannique avec ses partenaires continentaux dont l'électeur lambda n'avait souvent pas la moindre idée. Tels ces diabétiques - y compris la première ministre  - dont les fournisseurs d'insuline sont français ou danois. Ou encore les électeurs massivement pro-Brexit d'une localité dont le principal employeur, une usine d'Airbus, menace - c'est le cas de le dire - de mettre les voiles. Il en est jusqu'au papier de toilette qui provient à 85% de l'étranger !

    Prenons le cas de la Suisse, championne du monde toutes catégories en matière de référendum. Si elle avait appliqué la doctrine May pour qui le résultat d'un vote populaire serait inscrit dans le marbre pour l'éternité, les femmes n'auraient jamais obtenu le droit de vote ou l'assurance-maternité et notre pays n'aurait pas adhéré à l'ONU, faute d'une nouvelle chance de corriger un précédent vote négatif en tenant compte de l'évolution de l'opinion.

    Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. C'est vrai pour les individus, mais aussi pour les peuples.

     

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  • Mes prédictions hasardeuses pour 2019

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    A l'orée d'une nouvelle année, il est de tradition de faire des prédictions dont beaucoup ne se réaliseront pas. Mais ce n'est pas une raison pour y déroger. Prêtons-nous donc à ce rituel !

    Le Brexit n'aura pas lieu

    La Chambre des Communes va enfin se prononcer sur le "Brexit doux" négocié par Theresa May avec l'Union européenne. Elle a toutes les chances de le rejeter, ouvrant l'abîme d'un no deal aux conséquences économiques et sociales catastrophiques. Ne restera plus que l'option, parfaitement démocratique, d'un nouveau vote du peuple britannique, mais cette fois en toute connaissance de cause, loin des contre-vérités de la précédente campagne. De fait, les avatars de cette négociation chaotique devraient lui démontrer que, paraphrasant Churchill, le maintien du Royaume-Uni dans l'UE est la moins bonne des solutions… à part toutes les autres !

    Trump cerné par les enquêtes

     Pour le président américain, la perspective d'une relation tumultueuse avec une Chambre des représentants redevenue massivement démocrate est peut-être le cadet de ses soucis. Pas moins de 17 enquêtes judiciaires visent actuellement son administration, ses affaires, sa famille. La plus visible est celle du procureur spécial Robert Mueller dont les conclusions risquent d'être accablantes. La tentation sera alors grande pour les démocrates de lancer une procédure d'impeachment, mais à moins que la majorité républicaine au Sénat ne se fissure, ils devraient y résister pour ne pas dissiper le précieux capital politique généré par leur victoire éclatante aux élections de mi-mandat, en vue de la grande revanche de la présidentielle de 2020.

    Macron reprendra la main

    Pour le jeune président français, l'année écoulée, marquée par l'affaire Benalla, le mouvement nébuleux des Gilets jaunes et une chute drastique dans les sondages, a été loin d'être un long fleuve tranquille. Mais rien n'est perdu: il n'est même pas encore à la moitié de son mandat, il dispose d'une majorité solide à l'Assemblée nationale et ses opposants, aussi impuissants que divisés, ne proposent aucune solution de rechange. Il lui faudra donc poursuivre dans la voie de réformes indispensables au redressement de la France, mais avec un gros effort de pédagogie. Certes 25 à 30 % de popularité ce n'est pas le Pérou, mais, compte tenu du système électoral français à deux tours, c'est suffisant pour envisager une réélection.

    L'Europe survivra au populisme

    Aux dires des éditorialistes d'outre-Atlantique, l'Europe, minée par les mouvements populistes, larguée par la Chine, promue au rang d'"ennemie" par Donald Trump, serait au bord de la désintégration. Mais comme l'aurait dit Mark Twain, l'annonce de sa mort est très exagérée ! Certes, les élections européennes du 26 mai devraient confirmer les progrès des populistes enregistrés lors de scrutins similaires en Italie, en Allemagne, en Autriche ou en Scandinavie. Mais aussi ceux des Verts, résolument europhiles, dont on parle beaucoup moins. Il en va de même de cette étude de la Commission européenne selon laquelle le taux d'approbation de l'UE  et de l'euro, quelles que soient leurs évidentes imperfections, n'a jamais été aussi élevé parmi les simples citoyens.

    Ladîte commission peut aussi se targuer d'avoir préservé l'unité des 27 pays membres  tout au long de la délicate négociation du Brexit. Elle a aussi su résister aux élucubrations budgétaires du nouveau gouvernement italien et a contraint celui de Varsovie  à mettre en veilleuse sa très contestable réforme du système judiciaire.

    La Pologne vivra d'ailleurs sa propre année électorale, dont les conséquences pourraient être cruciales pour l'avenir des "démocraties ilibérales " de l'Est européen. Si l'on en croit le récent scrutin municipal, l'actuel pouvoir europhobe pourrait perdre sa majorité absolue au profit d'une coalition des oppositions pro-européennes.

    L'UDC poursuivra son reflux

    La Suisse connaîtra aussi une année électorale avec le renouvellement, en octobre, de son Parlement. A en juger à ses récents déboires électoraux au niveau cantonal et à l'échec de plusieurs de ses initiatives, l'UDC a peu de chances  de renouveler son triomphe de 2015 (+ 7 conseillers nationaux). Le PLR devrait en profiter, ainsi que, dans une moindre mesure, les socialistes. En perte de vitesse il y a quatre ans, les Verts pourraient également trouver un second souffle, à l'exemple de leurs homologues européens.

    Genève bouge…

    A Genève, il n'y a pas que l'affaire Maudet ! Dans moins d'une année, on  inaugurera le CEVA - pardon le Léman-Express -  le plus grand chantier ferroviaire réalisé en Suisse après celui du Gothard, dans les délais et sans dépassement insupportable de crédits. Et ce n'est pas tout. L'été prochain, on pourra lézarder sur notre nouvelle plage. En 2020, nous aurons une Comédie flambant neuve que viendra compléter un Théâtre de Carouge entièrement reconstruit et, deux ans plus tard, une Philharmonie dernier cri. 

    Il ne reste plus qu'à rénover le Musée d'Art et d'Histoire. Mais on est à Genève: ne soyons pas trop exigeants !

    Servette retrouvera -t-il l'élite ?

    Le point d'interrogation est de mise, car, avec les Grenats, on n'est jamais sûr de rien, malgré les 7 points d'avance sur Lausanne, l'autre grand favori pour la promotion. Cela dit, tous les voyants sont au vert après un deuxième tour époustouflant ( 25 points sur 27 possibles), avec un entraîneur amoureux du beau jeu - le seul qui trouve grâce aux yeux de l'exigeant public genevois -  et une direction de club enfin raisonnable. Tout dépendra des premiers matchs de la reprise: si celle-ci se passait bien, la marche vers une élite que le SFC n'aurait jamais dû quitter pourrait devenir irrésistible.

    En juin, on se passionnera aussi pour la Nati, participante à part entière au Final Four de la nouvelle Ligue européenne des Nations. A l'exemple d'un Shaqiri qui s'éclate à Liverpool, notre équipe nationale aura l'occasion de confirmer le palier enfin franchi par sa victoire retentissante contre la Belgique,  prouvant à des observateurs étrangers souvent sceptiques qu'elle appartient bel et bien au gotha du football européen. 

     

     

     

     

     

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  • Une signature qui n'engage plus

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    Une nouvelle polémique est venue perturber la saga du recomptage des voix de l'élection sénatoriale en Floride. Quelques milliers de bulletins postaux, principalement de jeunes électeurs, ont été annulés par l'administration républicaine sous prétexte que leur signature ne correspondait pas à des paraphes antérieurs de documents officiels. Les démocrates crient au scandale, arguant du fait qu'une signature peut évoluer au gré de l'existence de son auteur. Leur indignation est évidemment partisane, mais elle se fonde aussi sur des faits objectifs.

    Citée par le New York Times, Tamara Thornton, professeure à l'Université de Buffalo, constate ainsi que "la culture et la technologie ont fait de la signature un instrument  dévalué. Elle devait sa popularité en tant que moyen pour une personne d'exprimer son individualité, garantissant son identification. De nos jours, on préfère utiliser un emoji (1)".

    "Les jeunes électeurs n'ont pas une identité affirmée; leur signature est en flux. Ils vivent dans un monde digital où leur signature ne constitue pas une mesure permanente de leur identité", affirme pour sa part Daniel Smith, de l'Université de Floride, auteur d'une étude concluant que les jeunes électeurs risquent davantage une invalidation de leur bulletin postal, car ils n'ont pas suffisamment pratiqué leur écriture manuelle pour acquérir une signature immuable.

    En d'autres termes, à l'ère d'internet et du smartphone, l'usage de l'écriture se perd - particulièrement parmi les nouvelles générations - au point que nombre d'écoles américaines ont renoncé à l'enseigner. En fait, seuls 10 des 50 Etats de l'Union maintiennent l'apprentissage de l'écriture cursive dans leur cursus scolaire.

    L'auteur de ces lignes, pour qui cette matière lui valait ses plus mauvaises notes, n'aurait certes pas regretté son abandon. Dans ma lointaine enfance, j'avais été la victime peu consentante de l'une de ces nombreuses réformes dont l'école genevoise est si friande. Il s'agissait alors d'apprendre l'écriture scripte, des lettres faites de ronds et de bâtons, soigneusement calligraphiés. Quelques années plus tard, patatras, on revenait à l'écriture cursive. J'en ai gardé un ensemble de hiéroglyphes informes que je suis à peu près le seul à plus ou moins déchiffrer et sur lequel  - heureusement pour moi - aucun graphologue n'a fondé une analyse de personnalité.

    Quant à ma signature, elle remonte à mes années de collège lorsque, pour tromper l'ennui d'une leçon particulièrement somnolente, avec mon voisin de classe, nous avions entrepris de nous fabriquer un paraphe définitif, sésame indispensable pour aborder l'âge adulte. Inutile de dire qu'il n'avait qu'un lointain rapport avec  ma signature actuelle.

    Heureusement, elle est de moins en indispensable, puisque les émetteurs de cartes de crédits européens, très en avance sur leurs homologues d'outre-Atlantique, ont depuis longtemps renoncé à la signature comme moyen d'identification, au profit d'un pin beaucoup plus sûr. Mais les Américains  s'y mettent aussi: quatre des plus grandes entreprises du secteur - Amex, Discover, Mastercard et Visa - viennent  à leur tour d'abandonner le paraphe comme garantie de paiement.

    Du coup, Walmart, la première chaîne de supermarchés du pays, a suivi le mouvement. C'est d'autant plus significatif que cette entreprise attire surtout une clientèle aux moyens modestes et d'un niveau d'éducation peu élevé, pour qui l'écriture manuelle n'est certes pas le point fort.

    (1) Emoji, terme japonais pour désigner les pictogrammes utilisés dans les messages électroniques et les pages web.

     

     

     

     

     

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