13/08/2018

Aux Jeux de Berlin, une Europe ouverte et joyeuse

Une Europe "blanche et chrétienne" ! C'est le credo que nous serinent à longueur de journée les souverainistes, apôtres de la démocratie "illibérale", tels l'Italien Salvini, le Hongrois Orban, le Polonais Kaczynski ou, chez nous, les blochériens pur sucre. Se sont-ils voilés la face au spectacle des championnats d'Europe d'athlétisme qui viennent de s'achever à Berlin ?

Qu'ils fussent Français, Britanniques, Allemands, Italiens, Néerlandais ou Scandinaves, les athlètes originaires d'Afrique ou des Caraïbes étaient en nombre à concourir et à célébrer leurs médailles par un tour d'honneur, drapés dans les couleurs de leur nation de passeport… et de cœur.

La Suisse n'échappe pas à ce phénomène multiculturel. La Bernoise Mujinga Kambudji et la Vaudoise Sarah Atcho sont nées respectivement de pères congolais et ivoirien. Bien que venu au monde à la Jamaïque, Alex Wilson répond aux interviews en baslerdütch, le dialecte de sa petite enfance. Et le Genevois Tadesse Abraham, réfugié érythréen naturalisé au terme d'un parcours d'obstacles, n'a de cesse de dédier ses victoires à la Suisse pour la remercier de son accueil.

Curieusement ce phénomène, très fort dans les épreuves de course et de saut, est moins présent dans les lancers. Est-ce un hasard que les meilleurs dans ces disciplines, Polonais, Hongrois, Tchèques, viennent des ces pays de l'Est plus allergiques aux mélanges multiculturels et professant un nationalisme à fleur de peau ?

Mais, dans l'ensemble, les Jeux de Berlin ont donné l'image d'une Europe ouverte, diverse, tolérante, en un mot joyeuse.

 

 

 

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10/07/2018

Plaidoyer pour les doubles-nationaux

Bien sûr, le spectacle de Rakitic, né à  Möllin (Argovie), formé au FC Bâle, élément moteur des sélections suisses d'espoirs,  mais marquant des buts décisifs pour la Croatie, a de quoi donner des boutons aux dirigeants de l'Association Suisse de football (ASF). Et il serait étonnant que la Fédération croate  ait versé la moindre indemnité pour ces années de formation à l'œil.

Mais la déclaration de son  secrétaire général, incitant les joueurs doubles-nationaux à brûler leur passeport étranger pour mériter d'accéder au Graal de la Nati, est pour le moins maladroite, voire offensante. Elle fait écho à des propos autrement plus haineux et racistes, tel l'éditorial de Roger Köppel, le patron de la Weltwoche : notre équipe nationale ne serait qu'une bande "de mercenaires balkaniques flanqués de quelques Africains ensuissés". Quelle élégance dans ce néologisme !

Etrangement, il n'y a que le sport, particulièrement le football, pour susciter des telles polémiques, à la différence la culture ou l'économie. Il est vrai qu'il est un parfait exutoire pour le nationalisme et le chauvinisme. 

Genève compte ainsi 70.000 Franco-Suisses qui, parfois par coïncidence, votent dans les deux pays le même dimanche. Parmi eux, des directeurs de musée, des chefs de clinique, des comédiens, des artistes dont, à part quelques grincheux, personne de se soucie de leur double passeport. Et personne n'a rien à redire - y compris la Weltwoche - à ce que la deuxième banque du pays soit dirigée par un Africain même pas "ensuissé" !

N'en déplaise aux nostalgiques d'une Suisse bucolisée à la Anker, notre pays, fort de son quart de population étrangère, est de plus en plus métissé. Dans les grandes villes, les mariages binationaux tendent à devenir la règle. Tant mieux, car rien de tel que ce genre d'union pour ouvrir l'esprit et élargir l'horizon.

Et quel privilège d'habiter Genève, une cité qui vit plutôt en bonne intelligence avec ses 40% d'expatriés. J'avoue que j'ai aime assez ce parfum de Bangkok, Bamako ou Bogota dans nos transports publics, où ces passagers venus d'ailleurs sont toujours les premiers à céder leur place aux têtes grisonnantes.

 

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