Humeur - Page 3

  • Soeur Anne, ne vois-tu pas le facteur venir ?

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    L'autre jour, le facteur a battu une sorte de record: il a livré  le courrier du jour à 15 h.10 ! D'habitude, c'est entre 13 h. 30 et 14 heures. Il est évidemment loin le temps où il arrivait entre 11 et 13 heures, selon la direction qu'il avait donnée à sa tournée. Et pourtant, nous n'habitons pas au fin fond de la campagne mais en pleine ville de Genève. 

    Pour la Poste, il n'y a pas de problème: selon son mandat, elle serait seulement tenue de distribuer le courrier le jour même. On est rassuré, on pourra lire le journal du matin avant de se coucher !

    Il n'est pas question d'accabler les braves facteurs, soumis à une pression de plus en plus intense par un employeur qui en diminue le nombre tout en allongeant leur tournée. Théoriquement, leur charge devrait être moins lourde puisque, conséquence de l'essor des courriels, le nombre des lettres distribuées en Suisse a diminué de 4,2% en 2017 par rapport à l'année précédente. Quant à la livraison des paquets, elle est du ressort d'un autre service.

    Mais rien n'y fait. Comme chaque fin d'année, j'avais laissé  sur ma boîte aux lettres une note priant le facteur de monter à l'étage pour recevoir ses étrennes. Mais il n'est jamais venu, trop stressé à la perspective de perdre quelques précieuses minutes.

    Illustration de la détérioration d'un service qui se veut public, la Poste ne cesse de fermer ses agences. Celles qui subsistent prennent l'allure d'un cabinet de curiosités. On y vend de tout, matériel de bureau, jeux, friandises...et accessoirement des timbres. 

    Et pourtant le Géant jaune de manque pas de moyens: l'an dernier, son bénéfice s'est élevé à 420 millions de francs, à peine écorné par ses remboursements consécutifs au scandale de Carpostal. Pour redresser son image, il pourrait recruter davantage de facteurs. Les candidats ne manqueraient pas à un métier qui, exercé dans des conditions décentes, conserve d'indéniables attraits.

    Mais engager des frais de personnel, en salaires et retraites, vous n'y pensez pas ! C'est là où on taille en premier.

     

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  • Et si l'UDC nous lâchait les baskets...

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    Ce devait être "la mère de toutes les batailles". Pour Christoph Blocher, l'initiative sur les juges étrangers allait être le point d'orgue d'une marche triomphale, quatre ans et neuf mois après sa victoire du 9 février 2014, à l'orée d'une campagne des élections fédérales riche de promesses. Le tribun zurichois aurait dû réfléchir à deux fois avant d'emprunter cette métaphore à Saddam Hussein dont on sait le sort funeste. Suite à la débâcle de ce 25 novembre, il ne risque au pire qu'une retraite - qu'on hésite à qualifier de "bien méritée" - entre sa villa de la Goldküste et son château des Grisons.

    Car la défaite est sans appel. L'initiative de l'UDC a été balayée par deux Suisses sur trois et la totalité des 23 cantons, y compris ce Tessin qu'on pensait particulièrement susceptible de céder aux sirènes xénophobes et populistes. Et qu'on ne nous ressert pas la fable du combat de David contre Goliath: pour cette dernière campagne, l'UDC a dépensé deux fois plus d'argent que tous ses opposants réunis.

    Le choc de ce "dimanche noir" du 9 février a eu notamment le mérite d'inciter les milieux économiques et universitaires à descendre de leur tour d'ivoire (l'aveu est de Patrick Aebischer, ancien président de l'EPFL) et à mettre les mains dans le cambouis. Depuis ce sursaut de la société civile, toutes les initiatives de l'UDC - renvoi des criminels étrangers, No-Billag, juges étrangers - ont été rejetées avec des majorités allant de 59 à 72%. A cela s'ajoutent une série de déboires électoraux, en Suisse romande, mais aussi à Zurich, fief du bateleur  de l'Albisgüetli.

    Cela incitera t-il les pontes de l'UDC à faire leur examen de conscience ? Remettront-ils en question leur prétention d'une insupportable arrogance à représenter à eux seuls le "peuple", au nom d'une suissitude intolérante et intransigeante ? En d'autres termes, vont-ils nous lâcher un tant soit peu les baskets ?

    On peut en douter à en juger à la nouvelle rafale d'initiatives, nourrie de son obsession isolationniste, que nous promet l'UDC. Pour Roger Köppel, son porte-plume officieux, l'échec du 25 novembre menacerait la démocratie directe. Or, c'est son parti qui risque de la dénaturer à force d'en abuser.

    Donc, le combat continue. Pour les tenants d'une Suisse tolérante, ouverte au monde, mais sans rien renier de ses valeurs identitaires, ce n'est pas le moment d'abaisser leur garde.

     

     

     

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  • La Suisse berceau du populisme ?

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    Guillaume Tell, un lointain ancêtre du populisme dont la Suisse serait le berceau ?  C'est la question posée par un documentaire d'une quinzaine de minutes de la BBC, à l'occasion de la récente visite à Zurich de Steve Bannon, à l'invitation de la Weltwoche. L'ancien conseiller de Donald Trump - mais apparemment toujours son éminence grise - ambitionne de fédérer les extrêmes-droites européennes en vue de faire exploser l'Union européenne. A Zurich, il a multiplié les flatteries à l'égard de la Suisse et de sa démocratie directe, stage ultime d'un populisme de bon aloi. Autant de baisers empoisonnés, l'étreinte chaleureuse du boa constrictor.

    Rédacteur en chef de l'hebdomadaire pro-UDC et anti-européen à l'origine de cette visite, Roger Köppel reprend à son compte le mythe de Guillaume Tell. Mais, rassure-t-il la BBC, il n'a nulle intention d'adresser à Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, la flèche qui fut fatale au bailli Gessler. Se présentant comme le candidat au Conseil national avec le plus grand nombre de voix jamais atteint dans l'histoire suisse, il ne cite cependant pas certains de ses éditoriaux à tonalité raciste, tel celui où il dépeignait notre équipe nationale de football comme une bande "de mercenaires balkaniques flanqués de quelques Africains ensuissés".

    Mais la star de l'émission britannique est évidemment Christophe Blocher, interviewé dans son imposante demeure, avec vue imprenable sur le lac de Zurich. Serait-il un Trump avant l'heure ? Le leader de l'UDC ne le dément pas, semblant considérer la question comme un compliment. Il est vrai que sur le plan de l'idéologie ou de la fortune personnelle, il ne le cède guère au président américain. Mais à son crédit, il est un domaine où il s'en distingue: la culture. Tandis que Trump n'a jamais ouvert un livre, à part son autobiographie écrite par un "nègre", Blocher peut se targuer d'une des plus belles collections d'art suisse, réunissant Anker, Hodler et autres Amiet.

    A part quelques images fugitives du Palais des Nations de Genève, la BBC mentionne à peine la Suisse romande où l'UDC a multiplié ces derniers temps les déboires électoraux. Seul interlocuteur francophone: l'industriel vaudois André Kudelski, présenté sous l'étiquette pas forcément flatteuse de "globaliste". De fait, le journaliste britannique s'intéresse surtout à son appartenance au groupe de Bilderberg que les populistes dénoncent comme une sulfureuse franc-maçonnerie de supposés "maîtres du monde", coupés du peuple.

    En réalité, sur le plan économique, le parcours de Blocher se confond avec celui de Kudelski. Tous deux industriels et hommes d'affaire avisés, ils ont largement ouvert leurs entreprises au grand large: Europe, Amérique, Chine dont le Zurichois fut l'un de premiers en Suisse à exploiter les vastes potentialités. Globaliste à l'extérieur, populiste à l'interne ? Somme toute le meilleur des deux mondes !

    En fin d'émission, la BBC donne la parole aux antipopulistes, non sans une certaine condescendance, rappelant au passage qu'ils appartiennent à "l'establishment". Curieusement, elle les présente comme "les libéraux", comme si Blocher n'était pas lui même un businessman libéral, voire ultra-libéral. Il faudrait plutôt parler de "société civile", celle qui s'était mobilisée en 2016 pour faire échouer l'initiative de l'UDC sur le renvoi des criminels étrangers, et qui compte bien en faire de même, le 25 novembre , contre celle sur les juges étrangers. 

    Cette société civile, enfin réveillée après la débâcle du 9 février 2014, se réclame aussi de Guillaume Tell, un champion de la liberté face à l'oppresseur. Mais une liberté compatible avec un esprit de tolérance et d'ouverture au monde.

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