Le blog d'André Naef - Page 2

  • Corée: Trump aurait dû suivre l'exemple de Clinton

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    "Un mal pour un bien", a titré Le Monde, dans un éditorial commentant l'échec du récent Sommet de Hanoï. Pour une fois, on en saura gré aux ultra- durs de l'Administration Trump - Mike Pompeo ou John Bolton - d'avoir convaincu leur président de ne pas céder à son pote Kim Jong-un toute la maison, avec le mobilier en prime. Il reste que ce Sommet américano-nord-coréen fut caractérisé par son impréparation, le mépris des experts, la confiance arrogante dans la diplomatie personnelle, en un mot par son amateurisme.

    En fait, Donald Trump aurait été bien inspiré de suivre l'exemple de l'un de ses prédécesseurs démocrates, en l'occurrence Bill Clinton, seul président américain a avoir conclu un accord digne de ce nom avec Pyongyang, même si, pour des raisons indépendantes de sa volonté, il n'a jamais été mis en œuvre.

    Découverte du "Royaume-Ermite"

    Il est vrai que son époque, le début des années 90, marquée par la chute du communisme européen et la fin de la guerre froide, était propice à la détente. Au sein du très opaque régime nord-coréen, les partisans d'une certaine ouverture avaient arraché de haute lutte la tenue dans leur capitale, en avril 1991, de l'Assemblée générale de l'Union parlementaire, dont le siège est à Genève. Ce fut pour moi l'occasion de consacrer au "Royaume-ermite" l'un des mes quatre voyages dans la péninsule coréenne. 

    En acceptant d'accueillir sans restrictions des centaines de délégués des ex-pays communistes de l'Est européen, de ses frères ennemis du Sud ou encore d'Israël, le dernier régime stalinien de la planète prenait un risque certain. De fait, seul un visa fut refusé, au correspondant du New York Times à Pékin. Une semaine durant, notre groupe de journalistes étrangers purent jouir d'une liberté relative de déplacement. Ils furent ainsi témoin de la liesse "spontanée" d'une foule nord-coréenne accueillant le premier ministre chinois Li Peng, en visite officielle. 

    Mais celui-ci apportait à ses hôtes une bien mauvaise nouvelle. Conséquence des évènements précités, Américains et Soviétiques allaient renoncer à leur veto croisé à l'admission à l'ONU des deux Corées - lesquelles prétendaient représenter exclusivement l'ensemble de la péninsule - et la Chine se rallierait à cette décision. En d'autres termes, Pyongyang, contraint désormais de siéger à l'ONU de concert avec le frère ennemi de Séoul, était invité, poliment mais fermement, à préférer la négociation à l'affrontement.

    Avec l'entrée à la Maison Blanche du démocrate Clinton, en 1992, le contexte semblait d'autant plus favorable. Pourtant, ses premiers mois de pouvoir furent marqués par une escalade des tensions lorsque des photos satellites dévoilèrent la présence d'une usine de retraitement nucléaire à Yongbyon, au point que le nouveau président envisagea sérieusement, en 1994, une frappe préventive. S'offrant en médiateur, l'ex-président Jimmy Carter se précipita à Pyongyang - premier haut dignitaire américain à visiter la capitale nord-coréenne - et obtint du président Kim Il-sung la promesse de négociations entre les deux pays.

    La mort subite du "Grand Leader", le 8 juillet 1994, ne remit pas en cause ce processus et les deux délégations prirent rendez-vous à Genève sous la direction de deux négociateurs chevronnés, le secrétaire d'Etat adjoint Robert Gallucci et le vice-ministre des Affaires étrangères Kan Sok-ju. (Rien à voir avec la situation actuelle). Deux mois durant, des pourparlers acharnés se déroulèrent entre la Mission américaine, sur les hauteurs de Pregny, et la résidence nord-coréenne jouxtant le parc des Eaux-Vives.

    Accord à Genève

    Le 19 octobre, l'accord fut finalement conclu aux termes duquel la Corée du Nord s'engageait à "geler" son programme nucléaire et à accepter dans un délai de cinq ans des inspections de l'Agence atomique de Vienne (AEIA). En contre-partie, elle recevrait deux réacteurs à usage exclusivement civil fournis par la Corée du Sud (qui fut mise devant le fait accompli) ainsi qu'une aide alimentaire et en pétrole des Etats--Unis. Les deux pays envisageaient en outre l'ouverture de bureaux de liaison dans leurs capitales respectives, prélude à des relations diplomatiques en bonne et due forme. 

    Mais. un mois plus tard, les républicains remportèrent une victoire éclatante aux élections de mi-mandat et, désormais maîtres du Congrès, firent aussitôt connaître leur opposition à un accord qui, à leurs yeux, ne garantissait pas suffisamment la dénucléarisation de la Corée du Nord. Sans le rejeter formellement, ils le rangèrent dans un tiroir, laissant néanmoins une certaine marge de manœuvre à  Clinton. Celui-ci approuva la "diplomatie du soleil" du nouveau  président sud-coréen Kim Dae-jung lequel , le 13 juin 2000, put se rendre à Pyongyang pour un Sommet intercoréen historique avec son homologue nordiste, Kim Jong-il, qui lui valut le prix Nobel de la Paix. Ce fut ensuite le tour de la secrétaire d'Etat américaine Madeleine Albright de découvrir la capitale nord-coréenne, en prélude à une visite du président Clinton lui-même.

    Mais celle-ci n'eut jamais lieu, suite à l'élection de son successeur républicain, George Bush junior. Celui-ci n'hésita pas à humilier publiquement le président sud-coréen en annonçant la suspension du processus de normalisation avec le "Royaume-Ermite" lors de leur rencontre à la Maison Blanche. Par la suite, il parut se réviser en autorisant l'ancien ambassadeur à l'ONU Bill Richardson à reprendre les discussions avec Pyongyang. Mais son fameux discours de l'Etat de l'Union de 2002, incluant la Corée du Nord dans "L'Axe du Mal" aux côtés de l'Irak et de l'Iran, mis fin à tout espoir de normalisation. En 2003, la Corée du Nord se retira sans préavis du Traité de non prolifération nucléaire (TNP) et reprit à toute vapeur son programme atomique. Sous l'Administration Obama, il y eut bien quelques velléités de pourparlers dans le cadre du "Groupe des Six" incluant la Chine et la Russie, mais sans aucun résultat. 

    On en est là aujourd'hui. Pyongyang disposerait d'une soixantaine de missiles à tête nucléaire, résultante de toutes ces occasions manquées. Bien sûr, il ne faut nourrir aucune illusion sur la nature du régime nord-coréen, l'un des plus fermés et inhumains de la planète, ni sur son obsession à acquérir l'arme suprême, condition indispensable à ses yeux à sa survie. Mais, les Etats-Unis et leur diplomatie fluctuante ont aussi leur part de responsabilités dans cette tragédie d'erreurs qui a abouti au fiasco de Hanoï.

     

     

     

     

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  • Tennis: quatre ténors? Non, seulement trois

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    L'Open d'Australie, conclu sur le triomphe absolu de Novak Djokovic, aurait pu ouvrir une nouvelle ère dans l'histoire du tennis avec l'élimination prématurée de Roger Federer par un jeune Grec, auquel il rendait 17 printemps, et la retraite tout aussi prématurée d'Andy Murray, considéré (abusivement) comme l'un des "Quatre Grands". Mais Federer défaillant, Raphael Nadal et Djokovic se sont chargés de renvoyer la génération montante à ses chères études. Depuis la victoire de Stan Wavrinka à New York, en 2016, ce trio d'or a fait main basse sur tous les tournois de grand chelem.

    Un trio et non un quatuor. Ce n'est pas faire injure à son indéniable talent et à la richesse de son palmarès que de constater que Murray n'est pas à la même hauteur que ses trois rivaux. Sur les 63 grands chelems disputés depuis le premier triomphe de Federer (Wimbledon, 2003), ceux-ci en ont remporté 52, soit 20 pour notre "Rodger" national, 17 Pour Nadal et 15 pour Djokovic. Ces trois superchampions sont aussi les seuls, au cours de ce siècle, à avoir gagné au moins une fois les quatre tournois majeurs.

    Avec trois grands chelems à son actif, Murray est loin derrière, à égalité avec Wavrinka. Mais le Vaudois s'est imposé sur trois surfaces différentes (Melbourne, Roland-Garros et New York) contre seulement deux à l'ombrageux Ecossais (New York et Wimbledon). Par contre, celui-ci a empoché deux titres olympiques (Londres et Rio) alors que Stan à dû "se contenter" de l'or conquis en doubles à Pékin avec Federer. Les deux champions ont aussi remporté chacun une finale de Coupe Davis dont ils furent l'élément moteur.

    Les cinq plus grands joueurs de ce début de siècle n'ont laissé que des miettes à leurs concurrents, soit un grand chelem pour l'Argentin Gaudio (Roland-Garros), son compatriote Del Potro, l'Américain Roddick, le Croate Cilic (tous trois à New York) et le Russe Safin (Melbourne, plus New York en 2000, avant l'ère Federer).

    La prochaine décennie devrait être plus équilibrée. Mais sera-t-elle aussi passionnante et d'un même niveau stratosphérique après que ces joueurs d'exception auront remisé leur raquette ? Il est permis d'en douter. 

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  • Trump: l'ombre et les risques d'une destitution

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    Donald Trump doit-il être destitué ? Avec le retour en force des démocrates à la Chambre des représentants et les derniers développements de l'enquête sur une éventuelle collusion du président avec la Russie, la question n'est plus totalement hypothétique. Encore faut-il le pouvoir.

    Rappelons donc la procédure prévue par la Constitution américaine de 1776. L'impeachment, ou mise en accusation, est votée par la Chambre à la majorité simple de ses 435 membres. Le Sénat se réunit alors en jury d'assises sous la direction du Chief Justice, le président de la Cour suprême. Pour destituer le locataire de la Maison Blanche, il doit approuver au moins un chef d'accusation à la majorité des deux tiers, soit 67 sénateurs sur 100.

    En 242 années d'existence, la république américaine n'a connu que deux procédures d'impeachment contre un président en exercice. En 1868, Andrew Johnson fut sauvé à une voix près. En 1999, Bill Clinton fut acquitté à une confortable majorité. A ces deux exemples, il faut ajouter le cas de Richard Nixon, en 1974, qui, pour échapper à une destitution inéluctable, avait démissionné contre la promesse d'une grâce par son successeur, Gerald Ford.

    Ces précédents ne parlent pas en faveur des contempteurs les plus acharnés de l'actuel président. Certes, à la Chambre, les démocrates ont largement la majorité nécessaire pour voter son impeachment, au point que certains députés ont déjà rédigé des chefs d'accusation. Mais au Sénat, il leur faudrait rallier au minimum vingt républicains, ce qui, à moins de révélations particulièrement accablantes du procureur Robert Mueller, paraît très aléatoire.

    A l'exemple de Clinton qui avait vu sa cote de popularité prendre l'ascenseur après son acquittement, Trump, ayant à son tour échappé au limogeage, pourrait se présenter en victime face à l'opinion publique, en vue de sa réélection en 2020. Dans le cas contraire, les démocrates ne perdraient-ils pas au change ? Trump évincé, c'est le vice-président Mike Pence qui entrerait à la Maison Blanche avec la possibilité d'y rester... dix ans, soit un politicien plus conventionnel, mieux au fait des us et coutumes du sérail, mais aux opinions tout aussi aux antipodes des démocrates les plus modérés. Bref un concurrent redoutable lors d'un éventuel scrutin présidentiel. 

    Plutôt que de suivre la voie très étroite de l'impeachment, les démocrates n'auraient-ils pas intérêt à opter pour celle plus prometteuse du bulletin de vote ? Il faut rappeler qu'en 2016, Trump avait recueilli, au plan national, trois millions de voix de moins qu'Hillary Clinton et n'avait dû sa victoire au niveau des grands électeurs  qu'à quelques milliers de suffrages glanés dans des Etats-clés (Swing-states). Or, lors des récentes élections de mi-mandat, les démocrates ont non seulement devancé de 9% de voix les républicains, mais ils ont aussi repris le contrôle de plusieurs de ces Swing-states comme le Wisconsin, le Michigan ou la Pennsylvanie. Cela les place donc en position avantageuse pour 2020.

    Et on reparle aussi d'une candidature d'un républicain modéré - il en reste ! - en vue de la campagne des primaires. Le nom le plus souvent prononcé est celui du gouverneur du Maryland, Larry Hogan, réélu confortablement dans un Etat où les démocrates sont deux fois plus nombreux que les républicains. Coïncidence: en 1974, son père, alors député au Congrès, avait été le premier républicain à demander la destitution du président Nixon !

    Cela dit, comme le déplore une amie américaine, "aurons-nous la force de supporter encore deux années de présidence Trump, acharnée à détruire nos institutions et l'ordre international, au prix de dégâts irréparables ?". Un dilemme que ne tranchera  pas le procureur spécial Mueller. Celui-ci estime ne pouvoir inculper pénalement un président en exercice, laissant aux seuls politiques - ou aux électeurs - la responsabilité de décider de son sort.

     

     

     

     

     

     

     

     

      

     

     

     

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