Le blog d'André Naef - Page 4

  • Soeur Anne, ne vois-tu pas le facteur venir ?

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    L'autre jour, le facteur a battu une sorte de record: il a livré  le courrier du jour à 15 h.10 ! D'habitude, c'est entre 13 h. 30 et 14 heures. Il est évidemment loin le temps où il arrivait entre 11 et 13 heures, selon la direction qu'il avait donnée à sa tournée. Et pourtant, nous n'habitons pas au fin fond de la campagne mais en pleine ville de Genève. 

    Pour la Poste, il n'y a pas de problème: selon son mandat, elle serait seulement tenue de distribuer le courrier le jour même. On est rassuré, on pourra lire le journal du matin avant de se coucher !

    Il n'est pas question d'accabler les braves facteurs, soumis à une pression de plus en plus intense par un employeur qui en diminue le nombre tout en allongeant leur tournée. Théoriquement, leur charge devrait être moins lourde puisque, conséquence de l'essor des courriels, le nombre des lettres distribuées en Suisse a diminué de 4,2% en 2017 par rapport à l'année précédente. Quant à la livraison des paquets, elle est du ressort d'un autre service.

    Mais rien n'y fait. Comme chaque fin d'année, j'avais laissé  sur ma boîte aux lettres une note priant le facteur de monter à l'étage pour recevoir ses étrennes. Mais il n'est jamais venu, trop stressé à la perspective de perdre quelques précieuses minutes.

    Illustration de la détérioration d'un service qui se veut public, la Poste ne cesse de fermer ses agences. Celles qui subsistent prennent l'allure d'un cabinet de curiosités. On y vend de tout, matériel de bureau, jeux, friandises...et accessoirement des timbres. 

    Et pourtant le Géant jaune de manque pas de moyens: l'an dernier, son bénéfice s'est élevé à 420 millions de francs, à peine écorné par ses remboursements consécutifs au scandale de Carpostal. Pour redresser son image, il pourrait recruter davantage de facteurs. Les candidats ne manqueraient pas à un métier qui, exercé dans des conditions décentes, conserve d'indéniables attraits.

    Mais engager des frais de personnel, en salaires et retraites, vous n'y pensez pas ! C'est là où on taille en premier.

     

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  • Et si l'UDC nous lâchait les baskets...

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    Ce devait être "la mère de toutes les batailles". Pour Christoph Blocher, l'initiative sur les juges étrangers allait être le point d'orgue d'une marche triomphale, quatre ans et neuf mois après sa victoire du 9 février 2014, à l'orée d'une campagne des élections fédérales riche de promesses. Le tribun zurichois aurait dû réfléchir à deux fois avant d'emprunter cette métaphore à Saddam Hussein dont on sait le sort funeste. Suite à la débâcle de ce 25 novembre, il ne risque au pire qu'une retraite - qu'on hésite à qualifier de "bien méritée" - entre sa villa de la Goldküste et son château des Grisons.

    Car la défaite est sans appel. L'initiative de l'UDC a été balayée par deux Suisses sur trois et la totalité des 23 cantons, y compris ce Tessin qu'on pensait particulièrement susceptible de céder aux sirènes xénophobes et populistes. Et qu'on ne nous ressert pas la fable du combat de David contre Goliath: pour cette dernière campagne, l'UDC a dépensé deux fois plus d'argent que tous ses opposants réunis.

    Le choc de ce "dimanche noir" du 9 février a eu notamment le mérite d'inciter les milieux économiques et universitaires à descendre de leur tour d'ivoire (l'aveu est de Patrick Aebischer, ancien président de l'EPFL) et à mettre les mains dans le cambouis. Depuis ce sursaut de la société civile, toutes les initiatives de l'UDC - renvoi des criminels étrangers, No-Billag, juges étrangers - ont été rejetées avec des majorités allant de 59 à 72%. A cela s'ajoutent une série de déboires électoraux, en Suisse romande, mais aussi à Zurich, fief du bateleur  de l'Albisgüetli.

    Cela incitera t-il les pontes de l'UDC à faire leur examen de conscience ? Remettront-ils en question leur prétention d'une insupportable arrogance à représenter à eux seuls le "peuple", au nom d'une suissitude intolérante et intransigeante ? En d'autres termes, vont-ils nous lâcher un tant soit peu les baskets ?

    On peut en douter à en juger à la nouvelle rafale d'initiatives, nourrie de son obsession isolationniste, que nous promet l'UDC. Pour Roger Köppel, son porte-plume officieux, l'échec du 25 novembre menacerait la démocratie directe. Or, c'est son parti qui risque de la dénaturer à force d'en abuser.

    Donc, le combat continue. Pour les tenants d'une Suisse tolérante, ouverte au monde, mais sans rien renier de ses valeurs identitaires, ce n'est pas le moment d'abaisser leur garde.

     

     

     

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  • Une signature qui n'engage plus

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    Une nouvelle polémique est venue perturber la saga du recomptage des voix de l'élection sénatoriale en Floride. Quelques milliers de bulletins postaux, principalement de jeunes électeurs, ont été annulés par l'administration républicaine sous prétexte que leur signature ne correspondait pas à des paraphes antérieurs de documents officiels. Les démocrates crient au scandale, arguant du fait qu'une signature peut évoluer au gré de l'existence de son auteur. Leur indignation est évidemment partisane, mais elle se fonde aussi sur des faits objectifs.

    Citée par le New York Times, Tamara Thornton, professeure à l'Université de Buffalo, constate ainsi que "la culture et la technologie ont fait de la signature un instrument  dévalué. Elle devait sa popularité en tant que moyen pour une personne d'exprimer son individualité, garantissant son identification. De nos jours, on préfère utiliser un emoji (1)".

    "Les jeunes électeurs n'ont pas une identité affirmée; leur signature est en flux. Ils vivent dans un monde digital où leur signature ne constitue pas une mesure permanente de leur identité", affirme pour sa part Daniel Smith, de l'Université de Floride, auteur d'une étude concluant que les jeunes électeurs risquent davantage une invalidation de leur bulletin postal, car ils n'ont pas suffisamment pratiqué leur écriture manuelle pour acquérir une signature immuable.

    En d'autres termes, à l'ère d'internet et du smartphone, l'usage de l'écriture se perd - particulièrement parmi les nouvelles générations - au point que nombre d'écoles américaines ont renoncé à l'enseigner. En fait, seuls 10 des 50 Etats de l'Union maintiennent l'apprentissage de l'écriture cursive dans leur cursus scolaire.

    L'auteur de ces lignes, pour qui cette matière lui valait ses plus mauvaises notes, n'aurait certes pas regretté son abandon. Dans ma lointaine enfance, j'avais été la victime peu consentante de l'une de ces nombreuses réformes dont l'école genevoise est si friande. Il s'agissait alors d'apprendre l'écriture scripte, des lettres faites de ronds et de bâtons, soigneusement calligraphiés. Quelques années plus tard, patatras, on revenait à l'écriture cursive. J'en ai gardé un ensemble de hiéroglyphes informes que je suis à peu près le seul à plus ou moins déchiffrer et sur lequel  - heureusement pour moi - aucun graphologue n'a fondé une analyse de personnalité.

    Quant à ma signature, elle remonte à mes années de collège lorsque, pour tromper l'ennui d'une leçon particulièrement somnolente, avec mon voisin de classe, nous avions entrepris de nous fabriquer un paraphe définitif, sésame indispensable pour aborder l'âge adulte. Inutile de dire qu'il n'avait qu'un lointain rapport avec  ma signature actuelle.

    Heureusement, elle est de moins en indispensable, puisque les émetteurs de cartes de crédits européens, très en avance sur leurs homologues d'outre-Atlantique, ont depuis longtemps renoncé à la signature comme moyen d'identification, au profit d'un pin beaucoup plus sûr. Mais les Américains  s'y mettent aussi: quatre des plus grandes entreprises du secteur - Amex, Discover, Mastercard et Visa - viennent  à leur tour d'abandonner le paraphe comme garantie de paiement.

    Du coup, Walmart, la première chaîne de supermarchés du pays, a suivi le mouvement. C'est d'autant plus significatif que cette entreprise attire surtout une clientèle aux moyens modestes et d'un niveau d'éducation peu élevé, pour qui l'écriture manuelle n'est certes pas le point fort.

    (1) Emoji, terme japonais pour désigner les pictogrammes utilisés dans les messages électroniques et les pages web.

     

     

     

     

     

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