Coronavirus: devions-nous nous inspirer de l'expérience suédoise ?

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Dans mes lointaines années de correspondant de ce journal aux Etats-Unis, quand je déclinais ma nationalité lors d'un reportage dans l'Amérique profonde, la réponse était souvent : "Oh Yes, Sweden !". Suisse ou Suède, pour l'Américain moyen, l'Europe est décidément bien compliquée.

Il est vrai que nos deux pays ont beaucoup de points communs, à commencer par leur attachement atavique à leur statut de neutralité, même si leur pratique respective est souvent différente. Leur voisinage alphabétique fait que leurs diplomates partagent les mêmes bancs dans les enceintes internationales, ce qui facilite les contacts informels, voire les amitiés. Et, bien sûr, il faut mentionner quelques confrontations mémorables entre leurs équipes nationales de football et de hockey qui, dans un passé récent, ont plutôt tourné, à notre grande frustration, à l'avantage des Scandinaves.

Mais si la Suède est aujourd'hui à la pointe de l'actualité, c'est en raison de sa réponse très originale, voire unique, à la pandémie de coronavirus qui a fait du voyage à Stockholm un must pour les experts et les médias du monde entier. Misant essentiellement sur l'esprit civique de ses habitants, elle a ainsi laissé délibérément ouverts ses restaurants, ses bars, ses écoles ainsi qu'une large part de son économie, alors qu'en Suisse nous venons à peine de les sortir de leur confinement. 

Le bilan chiffré est mitigé. La Suède déplore un peu plus de 3000 morts, soit 319 par million d'habitants contre un peu moins de 2000 décès en Suisse, soit 214 par million d'habitants. Par rapport à ses voisins nordiques comme le Danemark ou la Finlande, l'écart est encore plus important.

Mais les chiffres ne disent pas tout. Pouvoir prendre un verre à la terrasse d'un bistrot est bon pour le moral, surtout à la sortie du très long hiver scandinave. Continuer à accueillir en classe écoliers et lycéens, c'est soulager les parents astreints au télé-travail. Plus globalement, en maintenant largement ouverte son économie, la Suède part avec un certain avantage dans la phase de reprise et perdra sans doute moins de points de PIB que les pays observant un confinement plus rigoureux.

Avons-nous donc péché par excès de prudence en ne suivant pas l'exemple suédois, comme le déplorent certains commentateurs outre-Sarine ? Il faut ici prendre en compte le facteur géographique qui, à mon avis, est rédhibitoire. Avec ses 450.000 km2, la Suède est dix fois plus étendue que la Suisse. Mais avec ses 23 habitants au km2, sa densité est presque dix fois moindre. Cette éparpillement de population, en dehors de la métropole de Stockholm, limite forcément les contacts humains et, partant, la propagation du virus.

Notre pays, à cet égard, n'a pas cet atout. Ce n'est pas un hasard que Genève, l'agglomération  la plus dense de Suisse avec ses 12.000 habitants au km2, est l'une des plus affectées par le redoutable virus, ce facteur s'ajoutant à sa position de ville frontalière et  sa tradition de large ouverture sur le monde extérieur à laquelle nous n'entendons pas renoncer.

 

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Commentaires

  • Et quand on parle du la spécificité suédoise on a aussi tendance à oublier que dans la Nord de l'Europe on est bien loin des foyers de contagion (Nord Italie et Est-France) et que la Suède n'a pas eu la même intensité dans la départ de la contagion. Je pense que si la Suède avait eu la même stratégie en ayant un frontière commune avec la Lombardie ils auraient certainement eu plus de morts et de pression sur leur système de santé. Donc le "miraculeux" sens civique des suédois est aussi à mettre en perspective avec leur géographie. Toujours un plaisir de lire les contributions éclairantes de ce blog !

  • Je ne suis pas certain qu`en cas de voisinage avec la Lombardie, la Suede aurait été plus touchée. Beaucoup de Hongrois travaillant en Lombardie sont revenus dans leur pays au début de la pandémie et pourtant la Hongrie a eu un nombre tres faible de victimes alors meme que sa population est tres agée et que le confinement fut loin d`etre aussi sévere que dans le reste de l`Europe. Les raisons de la plus ou moins grande vulnérabilité de certaines populations restent encore a expliquer.

  • Il y a aussi une grande différence de mentalité entre les Suédois (les Nordiques en général) et le reste des Européens: la-bas les retraités et les malades chroniques n`exigent pas que l`État bloque toute l`économie et donc sacrifie l`intéret général pour mieux protéger les plus agés et les malades chroniques. C`est aussi ca, l`esprit viking.

  • Suisse habitant la Suède mais actuellement bloqué temporairement à Genève, je peux vous confirmer que vous avez tout faux.
    Depuis le début de la pandémie, les Suédois ne l'ont jamais prise au sérieux. Lorsque le Danemark, et ensuite la Norvège et la Finlande ont fermé leurs frontières et ainsi empêché une grande partie de la contamination, cela a été la panique totale et un branle-bas de combat tardif, le premier ministre suédois, Stefan Löfven ayant reporté la gestion et la responsabilité de cette pandémie sur le département de la Santé publique. Car il n'est que politicien et ce n'est pas à lui de prendre des décisions... On croit rêver...
    Depuis, aucune réaction proactive comme en Suisse, seulement de vagues recommandations que quasiment personne ne respecte, car la vie continue comme d'habitude... Et n'interdire que des rassemblements de plus de 50 personnes c'est tout simplement la vie comme avant la crise, sauf les très grandes manifestations qui n'ont pas encore eu lieu, car elles se déroulent l'été lorsque le climat est plus ou moins vivable.
    Aujourd'hui on en est à des rassemblements de plusieurs milliers de personnes lors d'une réunion de passionnés d'automobile, où la police, impuissante, n'est pas intervenue.
    Le département de la Santé publique martèle depuis la mi-mars que la courbe de contamination baisse, et curieusement, aujourd'hui, avec 147 décès, ils ont déploré tous ces décès mais ne disent plus rien quant au soit-disant succès de leurs mesures inexistantes.
    L'économie, malgré le fait qu'il n'y ait aucune restriction, s'écroule et la situation est bien pire qu'en Suisse. Il faut savoir que Volvo est en mains chinoises et que la Suède a réussi à se brouiller avec la Chine (...)
    Vu qu'on a pris aucune mesure au début concernant les EMS, et une fois une interdiction de visite décrétée, il en est résulté une hécatombe chez les personnes âgées, prises au piège dans ces EMS sordides. Pourquoi sordides? Parce que les personnes qui y travaillent n'avaient pas d'équipements de protection adaptés, ne portaient pas de masques. De plus, plusieurs employés étaient payés à l'heure et ne touchaient pas de salaire en cas de maladie. Résultat: plusieurs d'entre eux ont dû aller travailler tout en étant malades. (...)
    Arrêtez d'idéaliser ce pays qui met dans l'embarras ses voisins nordiques.

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