Trump ou la tentation du despotisme

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Des policiers anti-émeutes qui dispersent des manifestants pacifiques à coups de matraques et de grenades lacrymogènes, les poursuivant jusqu'au parvis d'une église pour frayer un chemin au potentat du pays afin qu'il puisse être photographié, entouré de ses laquais, face à son palais.

 

La scène se déroule-t-elle à la place Rouge de Moscou sous le règne du tsar Vladimir Poutine ? Ou encore à la place Tien An Men de Pékin sous celui de l'empereur Xi Jinping ? Nullement !  Nous sommes à Washington, et l'homme qui traverse ainsi Lafayette Square, protégé par une double haie de policiers en tenue de combat, est le président des Etats Unis, Donald Trump. Il pose ensuite devant l'église épiscopalienne St-John en brandissant une bible que sa fille Ivanka a apportée dans son sac Max Mara à 1450 dollars. C'est elle qui aurait eu l'idée de cette mise en scène ubuesque.

L'endroit est mythique. Le violenter ainsi est un sacrilège pour la démocratie américaine. Lafayette Square, face à la Maison Blanche, est un lieu habituel des manifestations pacifiques, y compris contre le pouvoir du moment. St-John est considérée depuis 1816  comme l' "église des présidents". A l'exception de Richard Nixon - et sans doute de l'actuel chef de l'Etat - tous l'ont visitée au moins une fois.

Mais surtout, en recourant à la force armée pour disperser une manifestation pacifique - à l'instigation de William Barr, son mauvais génie qui n'a du "ministre de la Justice" que le titre - Trump foule au pied un principe quasi-sacré de la Constitution américaine: la liberté absolue d'expression et d'opinion  reconnue par son premier amendement. En fait, celui-ci va si loin qu'il peut tolérer des prises de positions extrémistes que sanctionnerait, pour ne prendre que cet exemple, la loi suisse anti-raciste.

Et puis il y a cette image de la bible exhibée par un homme peu réputé pour sa fréquentation assidue des lieux de culte. "Plutôt que de la brandir, il ferait mieux de l'ouvrir", a déclaré Joe Biden, son rival démocrate pour la présidence. Quant à l'évêque de St-John, Mariam Budde, elle s'est dite "outragée",  dénonçant cet usage de la parole de Dieu comme "un symbole du pouvoir militaire américain".

De fait, un lance-flammes aurait été plus approprié comme symbole d'un président qui n'a pour seule stratégie que de jeter de l'huile sur le feu de l'impressionnant  mouvement de protestation convulsant aujourd'hui l'Amérique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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