De Trump à Biden: la Genève internationale respire

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Le ciel s'éclaircit au dessus de la Genève internationale. Tranchant sur la morosité ambiante due à la pandémie de coronavirus, le messager de bonnes nouvelles s'appelle Joe Biden, 46e président des Etats-Unis.

Dès son investiture, le 20 janvier dernier, il a annulé la décision de son prédécesseur de quitter l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). Fait qui n'est pas seulement symbolique, c'est Kamala Harris, première femme vice-présidente des Etats-Unis, qui a pris le téléphone pour annoncer cette décision à son directeur général, le Dr. Tedros Adhanom Ghebreyesus. Dès le lendemain, le nouveau délégué américain, le Dr. Anthony Fauci, prenait une part active à une réunion virtuelle du Comité exécutif de l'OMS, consacrée au programme de vaccination dans les pays moins fortunés (COVAX). Ecarté de l'administration Trump, dont il critiquait implicitement la gestion désastreuse d'une pandémie qui a tué plus de 400.000 Américains, le Dr. Fauci a retrouvé un rôle de premier plan dans la nouvelle équipe gouvernementale à Washington.

L'esprit d'ouverture du président Biden s'applique également à l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) dont le fonctionnement était totalement paralysé par son prédécesseur qui bloquait la succession de son directeur, le Brésilien Roberto Azevedo, parti en août 2020 chez Pepsico. Désormais, la voie est dégagée pour une première candidature africaine - et féminine - en la personne de Ngozi Okonjo- Iweala, deux fois ministre des Finances du Nigéria et ancienne directrice générale de la Banque Mondiale. Sa double nationalité nigériane et américaine est évidemment un atout de taille, s'ajoutant au soutien de l'Union européenne, et bien sûr de l'Afrique. La présence plus active des Etats-Unis dans une organisation en pleine déprime devrait aussi rendre à celle-ci sa principale compétence, le règlement des différends commerciaux, en relançant son organe d'appel, dont le fonctionnement était bloqué par Trump.

Troisième évènement et non des moindres: le retour, annoncé hier, des Etats-Unis au Conseil des droits de l'homme, d'abord en tant qu'observateur, avant de redevenir membre de plein droit d'ici à la fin de l'année. L'administration sortante en avait claqué la porte en 2018  après que Nikky Haley, son ambassadrice à l'ONU, eut fait deux fois le voyage à Genève pour critiquer vertement cet organe qualifié d'"anti-israélien". Au contraire, pour Mark Cassayre, le chargé d'affaires américain à Genève, il a "le potentiel d'être un forum important pour tous ceux qui combattent la tyrannie et l'injustice dans le monde."

De fait, ce virage à 180 degrés de la position américaine à l'égard des organisations multilatérales  - particulièrement celles sises à Genève - découle d'un constat évident: la politique de la chaise vide de l'ex-président Trump laissait la voie entièrement libre à la Chine et à d'autres régimes autoritaires pour occuper le terrain. A l'OMS, par exemple, cette politique était parfaitement contradictoire: d'un côté, il lui reprochait une certaine compromission avec Pékin - une critique pas totalement infondée - mais de l'autre, il offrait un boulevard au gouvernement chinois pour accentuer cette compromission.

Cette page sombre est désormais tournée et c'est une excellente nouvelle pour la Genève internationale.

 

 

 

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Commentaires

  • Dear Mr. Naef: Thank you so much for this blog post. I am happy that President Biden has restored American membership in these important international organizations. But if you are relieved, imagine how gratified we in the US are feeling. After the four horrific years of the Trump presidency, we are finally able to breathe and have hope for the future. Please pray that we will be able to fully recover from the damage that Trump has caused.

  • Many thanks for your kind message. Like you, I'm optimistic that things will get much better from now on, on both sides of the Atlantic.
    And it is refreshing to have a civilised exchange of views instead of some very nasty comments that one gets when writing on Trump or his pals.

  • En tant qu'Américaine et ancienne journaliste qui a rendu compte des travaux du Conseil des droits de l'homme pendant plusieurs années, je suis tout à fait d'accord pour dire que le président Biden aidera l'Amérique à restaurer son influence dans les importantes organisations internationales de Genève. Mais cela ne changera rien au fait qu'à chaque fois qu'il y a un changement d'administration aux États-Unis, de nombreux pays se demandent quel accord signé sera ensuite annulé.

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